Extrait de “Festen Mode d’Emploi”

– La tache aveugle

Malgré votre volonté de regarder profondément en vous-même, de grandes chances subsistent que vous passiez à côté d’un élément important de votre personnalité, une peur centrale.

En effet, le mental efface la trace de son passage, refoule dans l’inconscient la construction du mensonge. C’est le principe de la tache aveugle. Dans l’œil, votre rétine est comme un écran de cinéma sur lequel est projeté ce que voyez. Là où le nerf optique part de la rétine, il n’y a pas de photorécepteurs. Il existe donc un endroit de l’écran sans image, où vous ne voyez rien. Si aucune tache noire n’apparaît dans votre champ de vision, c’est que votre cerveau recompose l’image à partir de ce que se trouve juste autour.

Vous êtes partiellement aveugle… sans voir que vous l’êtes (Si vous désirez en faire l’expérience, cherchez sur l’internet en entrant dans votre moteur de recherche « test tache aveugle »).

Par définition, vous ne pouvez être conscient de votre inconscient. Vous pouvez peut-être contourner l’obstacle en demandant à vos proches de vous dire comment ils vous voient, les comportements bizarres ou inadaptés qu’ils constatent chez vous (avec le risque que cela vous déplaise). Ensuite, en lisant les chapitres, peut-être pourrez-vous repérer dans l’un ou l’autre les symptômes qui vous ont été décrits par vos amis et ainsi mettre le doigt sur votre tache aveugle. 

– Les résistances

Dans ” Le Seigneur des Anneaux”, Frodon ne veut plus se séparer de l’anneau parce que ce dernier a pris le pouvoir sur lui. Votre mental ne veut pas se séparer des mensonges.

Comprendre son mental.

C’est assez logique : ces mensonges sont, de son point de vue, des solutions pour vous sauver la vie. Vous étiez en danger de mort car en danger de perdre « maman = amour » et/ou « papa = sécurité » . En créant les mensonges, le but était de vous sauver la vie.

Vous étiez en train de vous noyer et le mental vous a envoyé une bouée. Si vous faites mine de l’enlever, il croit que vous allez mourir et votre logiciel survie réagit illico pour que vous cessiez sur le champ. Il conçoit donc votre volonté de rendre les morceaux à vos parents comme un suicide.

En résistant, votre mental croit bien faire ; il ne fait qu’exercer sa mission en faisant tout pour que vous conserviez ces fragments car selon lui, il en va de votre survie de les conserver.

Vous êtes en quelque sorte coupé en deux : une partie de vous veut se libérer – c’est celle qui tient ce livre entre ses mains – et une autre partie de vous veut rester en l’état.

Du point de vue de la partie de vous qui veut se libérer, le Festen représente votre libération, la fin des mensonges et la fin de la tyrannie de vos peurs. Pour la partie de votre mental en charge de votre survie, cette libération signifie la mort… Il ne va pas vous laisser faire.

Tout comme l’anneau a pris le pouvoir sur Frodon, votre mental a pris le pouvoir sur vous et vous empêche de le reprendre. Il va lutter pied à pied pour conserver sa suprématie et son emprise. Il n’y a pas de changement sans résistances. C’est la règle.

Pour résister, le mental utilise plusieurs outils :

  • L’oubli.

L’oubli est actif. C’est une couverture jetée par le mental sur ce qu’il veut cacher. Je demande toujours à mes clients d’apporter de quoi prendre des notes pour le premier entretien, sans quoi, le lendemain, ils ont oublié ce que je leur ai révélé. Durant la séance, ils ont pourtant parfaitement compris… Mais comme ces révélations sont pour le mental le signe que les mensonges sont en danger, il profite de la nuit pour les envoyer… aux oubliettes !

Pour cette raison, travaillez toujours par écrit. Notez votre progression au fur et à mesure : ce que vous comprenez, ce qui vous semble important, les chapitres qui vous correspondent, etc.

  • La confusion.

Cela vous arrive peut-être de vous sentir dans le coton, de ne plus savoir comment réagir, ni même comprendre ce qui vous arrive. Votre mental crée cet état au moment où votre conscience s’approche des mensonges d’un peu trop près (souvent dans une situation désagréable qui fait écho aux traumatismes enfantins). Le contraire de la confusion est la clarté. Le mental n’en veut pas car elle vous met en danger d’écrouler l’édifice qu’il a érigé.

Là encore, écrivez. Bien souvent, l’écriture permet de clarifier beaucoup mieux que la pensée.

  • La banalisation.

Une cliente, terriblement maltraitée par un père d’origine polonaise, disait : « C’est normal, vous savez, en Pologne, on élève les enfants comme ça. » C’est une stratégie que le mental adore car elle permet de rendre l’horreur insignifiante, naturelle. Si vous souhaitez identifier vos peurs, méfiez-vous de vos propres « je n’ai pas à me plaindre, ce n’était pas si terrible que ça, il est vrai que c’était parfois difficile, mais…, moi, ce n’est rien à côté de… Etc. »

Ici encore, parlez-en, l’un de vos proches pourra attirer votre attention sur un tel comportement.

  • La justification.

Le but est ici de rendre légitime l’inacceptable : « Ils étaient obligés de faire comme ça, il n’y avait pas d’autres moyens, la vie n’était pas facile pour eux, etc. »

Soyez attentif à vos propos. Mieux encore : écrivez ! Cela vous apparaîtra très clairement. Ayez vraiment à cœur de privilégier cette voie de construction : la pensée vous permet de tourner en boucle, l’écriture vous donne un point de vue supérieur.

  • La peur.

C’est la solution ultime du mental pour garder le pouvoir lorsque vous vous rapprochez de l’origine du mensonge. Elle pourra se manifester de différentes manières : peur de l’aspect public, peur de choisir des témoins parmi ses proches, peur d’être jugé, peur de faire du mal, etc. C’est pourquoi l’on dit que la peur est aversive.

Qui veut se libérer doit affronter cette peur. Cela porte un nom : le courage. Le courage est la capacité à continuer d’avancer malgré sa peur.