1. Notion de modèle et histoire de la Spirale de l’évolution

 

La Spirale de l’évolution est un modèle

Un modèle est une carte, une grille, qui permet de décoder une situation et d’intervenir sur celle-ci.

Nous bâtissons des modèles dans tous les domaines des activités humaines, que ce soit en mathématiques, en économie, dans le monde de la finance ou du management, qu’il s’agisse de mieux comprendre l’origine de l’univers, le fonctionnement d’une entreprise, ou dans le cas qui nous intéresse, de mieux comprendre le comportement humain.

Dans ce domaine de l’évolution des comportements humains, les modèles sont légion. Si chacun d’entre eux se positionne selon un axe qui lui est propre, tous ont en revanche un trait commun : ils sont censés ne pas être de simples exercices théoriques, mais bien des outils pratiques destinés à deux utilisations principales : diagnostique et pronostique (analyse et projection).

►Diagnostique : comprendre ce qui se passe.

►Pronostique: se faire une idée aussi fiable que possible de la façon dont va

évoluer la situation (parti comme c’est parti, voilà se qui va probablement se

produire si la personne / l’entreprise etc. continue comme çà).

Dans les 2 cas, l’intérêt de cette compréhension est de déboucher sur des actions appropriées.

Pour reprendre la comparaison classique, la différence entre un modèle et la réalité dont il rend compte est la même que celle qui existe entre une carte et le territoire quelle représente. Selon l’expression consacrée, « la carte n’est pas le territoire ».

Comme une carte, un modèle est nécessairement une simplification de la réalité observée. C’est le cas de la Spirale qui ne prétend pas tout expliquer du fonctionnement humain.

Toutefois, on peut dire aussi que lorsqu’une carte est correcte, elle permet de s’orienter efficacement dans le territoire. Avec une bonne carte routière, je sais ou je suis et je sais quelle route prendre pour arriver là ou je veux aller.

C’est ce que permet le modèle de la spirale : Savoir où se trouve une personne ou un système et savoir quelle route prendre pour les amener vers leur prochaine étape.

Qu’est-ce qui fait la valeur d’un modèle ? Qu’est-ce qui nous permet de déterminer objectivement sa pertinence et son efficacité ?

A l’instar d’une théorie scientifique, un modèle d’évolution est une hypothèse. Cette hypothèse doit permettre d’analyser et, dans une certaine mesure, de prévoir les conséquences que les actes engagés aujourd’hui entraîneront plus tard. Si les prévisions se vérifient, l’hypothèse est renforcée. Si elles sont erronées, on modifie ou on abandonne la théorie qui, de fait, est devenue inutile.

De nombreux modèles d’évolution n’ont pas passé ce cap de la confrontation avec la réalité et sont restés de simples exercices intellectuels stériles.

La théorie développée par Clare W. Graves a passé ce cap avec succès et elle a également été appliquée à plusieurs reprises à une échelle géopolitique. Or à ce niveau, les imperfections et carences d’un modèle deviennent vite flagrantes. Là encore, le modèle a prouvé sa pertinence et sa fonctionnalité.

 

Histoire de la Spirale de l’évolution

Voyons maintenant d’où vient le modèle de la Spirale et les bases sur lesquelles il repose.

I – Le modèle d’évolution de la spirale

1°) Clare W. Graves et la genèse de sa théorie.

A chaque époque correspond une façon de voir le monde

Si nous retraçons de manière synthétique les différentes phases de l’histoire de l’humanité, on peut faire une observation générale: à chacune des périodes qui ont constitué l’histoire de notre espèce, l’homme a développé une vision du monde propre à cette époque : une conception particulière de ce que cela signifie d’être humain ainsi qu’un mode de vie et de pensée adapté à l’époque qu’il traversait.

Au cours des périodes les plus reculées de notre histoire, nous avons d’abord trouvé refuge et sécurité au sein de tribus, pour nous protéger d’un monde extérieur vécu comme hostile, menaçant et effrayant.

La « magie » – entre autres – nous permettait de faire appel aux esprits de la nature pour y parvenir.

Puis, quand la magie et les rituels semblèrent impropres à régler les nouveaux problèmes que nous avions à résoudre, la tribu a laissé place à l’individu. Celui-ci, doté d’une conscience individuelle plus forte, est parti affronter le monde.

Dans un univers ou la loi du plus fort l’emportait, son nouveau défi devint de dominer ses semblables et la nature.

Puis, après une longue période de chaos et d’anarchie vécus sur un mode « la vie est une jungle », l’Homme se mis en quête de sens, recherchant un principe supérieur à lui-même, une Loi avec un grand « L » à laquelle se soumettre : croire en un principe supérieur capable d’assurer un ordre absolu et en retirer la confiance et la paix de l’esprit qui découlent de ce type de croyances.

Quand cet ordre absolu se fit par trop oppressif et tyrannique et que l’homme en eut assez de devoir attendre d’hypothétiques récompenses futures, ou seulement accessibles dans un autre monde, des individualistes entrèrent en conflit avec l’autorité et décidèrent de créer une « vie parfaite » sur terre et dans le présent.

Cette nouvelle culture, matérialiste, a montré elle aussi ses limites et son inaptitude à apporter le bonheur et à son tour, a conduit à explorer d’autres voies : Redécouvrir l’importance des sentiments humains, partir en quête de spiritualité, apprendre à mieux se connaître… etc. ( nous en sommes à peu près là dans notre histoire).

Autrement dit, depuis ses premiers pas, l’homo sapiens est allé de découverte en découverte, d’un éveil à l’autre, devenant un être différent à chaque fois.

Chaque époque lui a ouvert les portes d’un nouveau type de relation au monde et à lui-même, qui, loin de supplanter les autres, est venu s’y ajouter et élargir son registre existentiel.

On n’arrive à la fin de chaque étape que pour s’apercevoir que la réponse que l’on cherchait, n’a fait qu’éveiller une nouvelle question, qui, elle aussi, demande une nouvelle réponse…

 

Clare Graves et la construction de la spirale de l’évolution

Clare W. Graves était professeur de psychologie. Il vivait et travaillait dans le nord-est des Etats-Unis, près de New York, dans les années qui suivirent la seconde guère mondiale.

Comme cela semble souvent se produire, l’euphorie d’après-guerre a constitué un terreau fertile pour les esprits visionnaires et entraîné de nombreuses percées dans le domaine de la connaissance en général et des sciences humaines en particulier.

Tel a été le cas pour Graves. Au début des années 50, à la fin d’un semestre consacré aux différentes théories sur la personnalité et le développement, il se trouva confronté à une question à laquelle il n’avait pas de réponse : « Professeur, nous connaissons maintenant Maslow, Rogers, Skinner et les autres. Mais quelle théorie est la bonne ? Laquelle décrit réellement le développement de la nature humaine ? ».

Incapable de donner une réponse qui lui semblait étayée, et plutôt que de réutiliser des modèles psychologiques qu’il jugeait dépassés, ou de prendre part aux débats qui opposaient alors les différentes théories à la mode, il décida de repartir à zéro, en cherchant à mieux comprendre ce qui sous-tendait les différentes conceptions de la nature humaine, avec une impression : Chacune détenait une partie de la vérité, mais aucune n’était complète en soi.

Graves chercha à remonter à la source du problème : pourquoi les personnes sont-elles différentes ? Pourquoi certaines changent et d’autres pas ? Il conduisit des recherches pendant une trentaine d’années en utilisant des batteries de tests psychologiques, des interviews et des observations.

Il recoupa ses données avec celles d’autres théoriciens, et, à partir de cette masse d’informations qui intégrait 3 dimensions – biologique, psychologique et sociologique – construisit une nouvelle théorie.

Selon ses propres termes : « Pour résumer, ce que je pense c’est que la psychologie de l’être humain adulte est un processus en cours de déploiement, en forme de spirale, dans laquelle les niveaux les plus anciens – moins complexes – sont subordonnés aux niveaux les plus récents – et plus complexes – chaque niveau apparaissant en fonction de l’évolution des conditions de l’existence humaine ».

On peut résumer sa position par les postulats suivants :

►La nature humaine n’est ni statique, ni finie. Elle varie en fonction des conditions de l’existence. Quand ces conditions évoluent, de nouveaux systèmes de pensées font leur apparition, sans que pour autant les systèmes plus anciens ne disparaissent. Comme un immeuble, ils sont simplement « couverts » par un nouvel étage.

►Quand un nouveau système ou niveau est activé, notre univers psychologique et nos modes de fonctionnement changent en fonction de ces nouvelles conditions.

►Le nombre de systèmes de valeurs et de croyances, ainsi que les conditions de vie, étant potentiellement infinis, nous nous trouvons face à un système ouvert et nous pouvons imaginer un nombre lui aussi potentiellement infini de modes de vie et de visions du monde.

Il n’existe pas de niveau unique ou ultime auquel nous serions tous censés nous conformer.

►Un individu, une entreprise ou une société pris dans son ensemble ne peut réagir positivement à une idée ou une demande quelconque (techniques managériales / motivation / formules éducatives / codes éthiques et légaux…) que dans la mesure où ce stimulus fait sens au niveau d’existence ou se trouve le système en question.

Un vortex en spirale est la figure qui décrit le mieux cette émergence, ce déploiement des niveaux humains, au fur et à mesure qu’ils apparaissent dans leur complexité croissante.

Chaque nouveau niveau de la spirale marque l’éveil d’une version de la réalité plus élaborée qui vient chapeauter celles qui existaient déjà.

Cette spirale se compose de différents systèmes de valeurs, de visions du monde et d’états d’esprit, qui sont comme des strates ou des étages, chacun étant le produit de son époque et des conditions qu’a connue celle-ci.

Les principes de cette théorie s’appliquent aussi bien à un individu, une organisation ou la société prise dans son ensemble.

Comme elle décrit la nature humaine d’une manière universelle plutôt, par exemple, qu’en fonction de types de personnalités ou de traits ethniques, ce modèle nous permet de disposer d’un langage commun, d’un même cadre de référence, qui permet de traiter des observations aussi bien locales que globales.

2) La notion de « Mèmes »

« On peut arrêter une armée en marche, pas une idée dont le temps est venu».
Victor Hugo

Ce second chapitre est consacré à une autre approche que celle de la Spirale, le modèle des Mèmes et de la Mèmetique.

Cette approche forme un ensemble complet de connaissances, qui sont indépendantes du modèle de Graves, et permet aussi de mieux comprendre le comportement humain.

Vous allez découvrir ci dessous :

. La notion de « Mème ».

. Ce que cette notion a à voir avec la Spirale de l’Evolution.

Vous saviez déjà ce que sont les gènes ? Alors voici maintenant les « Mèmes ».

Un « Mème » est dans le domaine de la culture et de la psychologie ce qu’est un gène dans le domaine de la biologie.

Très simplement : une idée qui se transmet d’une personne à une autre ou d’un groupe à un autre. Une idée qui fait son chemin. Tout comme un gène se transmet d’une personne à une autre, évolue, mute, disparaît ou au contraire se répand de plus en plus, un « Mème » est une idée, un

concept qui lui aussi passe d’une personne à une autre, se diffuse, évolue, régresse ou au contraire se répand de plus en plus, se transmet d’une génération à l’autre, etc.

Nos croyances, nos valeurs, nos règles de comportements, nos façons de penser sont des Mèmes. Les phénomènes de mode, les tics de langage, les idées et slogans qui sont dans l’air du temps sont des Mèmes etc.

En fait, ce qu’on appelle notre culture, c’est l’ensemble de tous les mèmes qui la composent.

Tout comme le gène est la brique de base / la composante de base de notre biologie, le mème est la brique de base / l’unité de base de notre vie psychologique et de la culture à laquelle nous appartenons.

Les gènes dont vous êtes porteurs font que vous êtes blond ou brun, que vous avez les yeux bleus ou marrons, que vous êtes grand ou petit.

Les Mèmes dont vous êtes porteurs permettent de comprendre vos réactions psychologiques et plus largement, la façon dont vous vivez votre vie.

Le nom « Mème » a été crée par le biologiste anglais Richard Dawkins et est apparu pour la première fois dans son livre The Selfish Gene publié en 1976.

D’autres, comme Mihaly Csikszentmihalyi, professeur de psychologie à Chicago utilise aussi ce concept dans son livre « The evolving self  » (HarperCollins, 1993).

Cette approche du comportement humain a donné naissance à une nouvelle science, la Mèmetique qui étudie la façon dont les Mèmes se diffusent, interagissent et évoluent. Cette science, qui réunit principalement des biologistes, des chercheurs venant des sciences humaines et des sciences cognitives, emprunte largement à la théorie de l’évolution de Darwin.

Darwin a révolutionné en son temps le domaine de la biologie, par son explication de l’évolution des espèces qui repose sur l’idée de sélection naturelle.

La mèmetique reprend cette même théorie en l’appliquant cette fois à la façon dont notre esprit fonctionne, à la façon dont nous apprenons et dont la culture toute entière évolue.

Quelques idées sur les Mèmes

  1. Pourquoi prendre un nouveau nom si un Mème est simplement une idée ?

Parce que le concept de Mème est plus général. Imaginez le comme le tronc de l’arbre. Les branches et les feuilles sont les valeurs, les croyances, les idées qui sont dans l’air, le nouveau look à la mode, la chanson qui vous trotte dans la tête, bref, toute production culturelle.

  1. Ce qui caractérise un Mème, c’est sa capacité à se reproduire, à se

dupliquer.

Quand on étudie les Mèmes, on les présente souvent comme des virus mentaux, car comme pour les virus, les idées qui sont dans l’air s’attrapent et se communiquent à d’autres. Elles sont contagieuses et les souches les plus robustes se transmettent même de génération en génération. Comme pour un virus biologique, le propre d’un Mème, c’est de se reproduire, se diffuser, simplement parce que c’est dans sa nature de le faire.

Ce qui conduit au constat suivant: les Mèmes dominants dans l’esprit d’un individu ou dans celui d’une culture, ne sont pas forcément ceux qui reflètent les idées les plus intelligentes, les plus vraies, les plus justes… mais simplement ceux qui ont la meilleure capacité à se reproduire en « contaminant » le plus de personnes possibles.

Les Mèmes sont soumis aux lois de l’évolution décrites par Darwin, selon lesquelles c’est le plus fort qui l’emporte (le plus fort voulant dire celui qui à la plus grande capacité d’adaptation et donc le plus d’opportunités de se reproduire).

Le processus est en lui-même neutre: un Mème se reproduit parce qu’il est dans sa nature de le faire. C’est le contenu qui fera la différence : l’idée que j’ai toutes les ressources dont j’ai besoin pour réussir ma vie est un Mème, l’idée selon l quelle je n’arriverai jamais à m’en sortir en est un autre. La démocratie est un Mème, le totalitarisme en est un autre.

  1. En considérant les contenus de notre tête ou de la culture ambiante comme

des Mèmes, nous pouvons prendre de la distance plus facilement par rapport à nos

conditionnements.

En fait, la plupart de nos idées ne sont pas vraiment les nôtres, mais simplement des idées qu’on nous a mis en tête, que se soit par le biais de notre éducation, de notre famille, de la culture de l’entreprise dans laquelle nous travaillons, des médias, de la pub etc. Pour reprendre la comparaison avec la génétique, si mes yeux sont bleus, c’est parce que je suis porteur d’un gène qui m’a été transmis et qui leur donne cette couleur. J’ai des yeux bleus. Je n’en suis pas le créateur pour autant. C’est vrai aussi de la plupart de nos idées sur nous-même, les autres, la vie…

Les idées dont nous sommes les hôtes / les porteurs sont à l’évidence plus nombreuses que celles dont nous sommes réellement les créateurs (je sais, c’est une idée plutôt déplaisante pour notre ego, mais, bon…).

  1. Mieux comprendre l’évolution des idées / des tendances

Vous allez mieux comprendre l’apparition et la disparition soudaine des modes, des nouveaux courants de pensée, des tendances…qui font sens, quand on a compris le principe. L’étude des moyens de propager un virus mental à des fins commerciales fait déjà l’objet d’une nouvelle forme de marketing : le marketing viral.

Vous comprenez mieux maintenant l’immense succès des tamagoshis (petit gadget électronique pour les enfants) il y a quelques années, alors qu’ils n’intéressent plus personne aujourd’hui, comment se répand en ce moment la mode des patinettes pliantes ou comment se répandra le moment venu la nouvelle mode du printemps 2002 – dont les professionnels qui définissent les tendances ont déjà décidé qu’elle serait dans les tons jaune et parme.

Si le virus prend, il est probable que de nombreuses personnes qui n’ont jamais porté ces couleurs vont considérer comme désirable le fait de s’habiller comme çà maintenant.

  1. La bonne nouvelle maintenant :

Plus je prends conscience des Mèmes que j’héberge ou qu’on aimerait bien que j’héberge (« la place d’une femme est au foyer « … « Coca Cola désaltère le mieux »…), plus je suis capable de faire des tris : Ecarter ceux qui ne me conviennent pas, choisir de conserver ceux qui me conviennent, et aussi en créer de nouveaux.

C’est l’intérêt de cette connaissance :

. Mieux comprendre vos processus émotionnels et intellectuels et ceux de vos clients ou relations.

. Faire la différence entre les pensées, croyances, opinions…qui servent vraiment votre épanouissement et votre réussite et celles qui fonctionnent en parasites. Souvenez-vous : les idées que nous entretenons ne sont pas forcément à notre avantage ou à celui de nos proches.

  1. Les différents exemples de Mèmes donnés dans ce texte font apparaître une

chose : les Mèmes n’ont pas tous la même taille.

Si on imagine un continuum qui va des plus petits aux plus grands, on peut prendre comme exemples de « petits » Mèmes le succès des patinettes pliantes, la mode d’automne ou le dernier jeu vidéo qui fait fureur auprès des ados.

A l’autre bout du continuum, on trouvera les « gros  » Mèmes tels que les idéologies politiques ou religieuses, les normes culturelles, la morale….

Tout comme les phénomènes de mode, ils se diffusent eux aussi de façon virale. A la différence toutefois de ces derniers, par définition éphémères, ils se transmettent de génération en génération et, pour ceux qui sont couronnés de succès, traversent le temps ( » tu gagneras ton pain à la sueur de ton front « ).

Ces Mèmes, catégorie poids lourds, la mèmetique les appelle des « méta Mèmes ». Ce sont en fait des packages culturels complets qui se composent d’un ensemble de Mèmes plus petits organisés autour d’un thème principal et de valeurs qui vont de pair avec ce thème.

Les Mèmes de ce type contiennent des instructions sur la façon de se conduire, qui se transmettent d’une génération à l’autre, ainsi que les codes et les symboles qui assurent la cohésion d’un système social.

Ils se dupliquent sur le mode viral dans le plus possible de domaines, que se soit le style vestimentaire, les habitudes de langage, les normes culturelles, l’architecture, les mouvements sociaux, les modèles économiques, la morale, les stéréotypes, bref, tout ce qui caractérise la vie d’une société ou d’un groupe humain, à un moment donné de son histoire.

Et ce sont eux qui vont nous ramener à la Spirale de l’Evolution.

 

  1. Le lien entre les Mèmes et la Spirale de l’Evolution

En s’intéressant à différents niveaux d’évolution de l’être humain, ce que décrit en fait la Spirale conçue par Graves, ce sont les principaux méta Mèmes qui sont apparus depuis l’origine des temps et qui existent encore en nous aujourd’hui, ainsi que dans les différentes cultures de la planète.

C’est ce que nous verrons dans le prochain chapitre consacré à la découverte de ces différents niveaux et des méta-Mèmes qui les caractérisent.

En attendant, écoutez le discours des gens qui vous entourent et soyez curieux de repérer les Mèmes contenus dans ces discours. Prenez également d’avantage conscience de vos propres croyances et opinions, juste comme çà, pour vous familiariser avec cette notion.

 

vMèmes et niveaux d’évolution

  1. Les vMèmes

 Les continuateurs du travail de Graves (cf. « Spiral Dynamics » de Beck et Cowan) ont repris cette notion de méta Mèmes pour décrire chaque niveau de la spirale en modifiant un peu le terme qu’ils ont rebaptisé « vMème » la lettre «v» étant prise ici en abréviation du mot valeur.

Ce terme a été choisi pour bien montrer qu’en fait un méta Mème est caractérisé par une ou quelques valeurs clés et que, quand on a identifié celle-ci, il devient beaucoup plus facile de comprendre le fonctionnement de la personne, du groupe ou même de l’époque caractérisée par ce vMème.

Comme nous allons le voir dans le tableau ci dessous, chaque niveau de la spirale est caractérisé par un vMème dominant propre à ce niveau et qui permet de comprendre celui-ci. Le vMème donne la clé de décodage : détecter le vMème sous-jacent aux comportements d’une personne ou d’une culture et ses comportements vont faire immédiatement sens.

 

  1. Tableau synthétique de la spirale et présentation des différents niveaux

Le tableau ci-dessous, tout comme les descriptions qui vont suivre, sont une première approche simplifiée, les chapitres qui vont suivre sont consacrés à la reprise détaillée de chaque niveau.

2 choses pour lire ce tableau :

  1. Chaque niveau est représenté par un code couleur. Avantage : une désignation plus neutre de chaque niveau quand on parle de lui. Inconvénient : cette convention demande un temps d’assimilation (vous verrez, on s’y fait vite).
  2. Le tableau se lit de bas en haut. La base de la spirale correspond au beige, puis pourpre, rouge, etc.

Niveau

Couleur Thème Axe Pensée Système de valeurs Style de vie – vivre…
8

Turquoise

Vue d’ensemble Nous Holistique Harmonie et unité / Intelligence globale

Dans la sagesse

7

Jaune

Interconnexion

Je

Systémique Interdépendances et flux du changement

Dans la réciprocité

6

Vert

Relations humaines Nous Humaniste Egalité et engagement social

Dans l’harmonie

5

Orange

Poursuite du succès Je Matérialiste Réussite et avantage matériel

Pour le profit

4

Bleu La vérité Nous Légaliste

Autorité / stabilité / vérité unique

Pour l’après

3 Rouge

Les seigneurs de guerre

Je Egocentrique

Pouvoir / gloire / exploration / pas de limites

Pour le présent
2

Pourpre

Le monde des esprits

Nous

Animiste

Mythes / ancêtres / tradition / les nôtres

Pour le groupe

1

Beige

La survie

Je

Automatique

Rester en vie / réactivité / besoins physiologiques

Survivre

 

Reprenons maintenant chaque niveau :

 

Beige : vMème « Survie »

Thème de base : « faire ce qu’il faut pour rester en vie ».

Caractéristiques :

  • Fonctionnement automatique et instinctif tourné vers la survie.
  • L’idée de « sujet » c’est-à-dire d’être un individu unique et distinct des autres, doué d’une conscience autonome est peu présente.
  • La plus grande partie du temps et de l’énergie est consacrée à la satisfaction des besoins physiologiques de base : abris, nourriture, sécurité, chaleur, pulsion sexuelle.
  • Regroupement en petites bandes pour assurer la survie, exemple : premiers hommes, clochards…
  • Graves met également à ce niveau toutes les personnes qui dépendent totalement des autres pour rester en vie : nouveau-nés, personnes séniles, dernière phase d’Alzheimer, certains malades mentaux…

 

Pourpre : vMème « Animiste / Magique »

Thème de base : satisfaire le monde des esprits pour bénéficier de sa protection, assurer le bien-être et la sécurité de la tribu.

Caractéristiques :

  • Vit dans le monde de la pensée magique. Obéir aux « signes » et aux désirs des esprits.
  • Fait vœu d’allégeance aux chefs, aux anciens, aux ancêtres et au clan.
  • Préserve les objets, endroits, évènements sacrés.
  • Observe les rites de passage, le cycle des saisons, les coutumes de la tribu.

Exemples : culture vaudou, charmes magiques, rites de famille, croyances mystiques, superstitions, rites ethniques.

Ce vMème est très courant dans les pays du Tiers Monde, dans les gangs, les équipes sportives et dans les entreprises de type « tribu » (ex : Quicksilver / IBM…).

 

Rouge : vMème « Egocentrique »

Thème de base : Moi d’abord, assurer ma dominance et faire ce que je veux, sans autres considérations.

Caractéristiques :

  • Le monde est une jungle pleine de menaces et de prédateurs. La raison du plus fort est toujours la meilleure.
  • Conquérir le monde et dominer les autres. Asservir / diriger / contrôler.
  • Se préoccupe avant tout de la satisfaction de ses désirs. Fait ce qu’il veut maintenant, sans limite ni remord.
  • Veut qu’on lui témoigne du respect et qu’on lui obéisse.

Exemples : les royaumes féodaux, les héros épiques, les seigneurs de la guerre, les grands conquérants et dictateurs (Mao, Staline, Napoléon…) certaines stars du rock sans limites, certains politiciens ou capitaines d’industrie, magnats de la presse, etc.

A titre d’archétype : Conan le Barbare, Rambo, les méchants dans James Bond (demain je serai le maître du monde, ah, ah, ah!).

 

Bleu : vMème « Légaliste »

Thème de base : la vie a un sens, une direction et un but prédéterminés, décidés d’en haut.

Croyances et actions caractéristiques :

  • On se sacrifie pour une cause, la Vérité ou la voie juste.
  • L’Ordre implique un code de conduite basé sur des principes absolus et éternels.
  • Une vie juste crée la stabilité sociale et sera récompensée dans le futur, dans ce monde ou dans l’autre.
  • L’impulsivité est contrôlée par la culpabilité. Chacun doit rester à sa place.
  • Les lois, les règlements et la discipline forment le caractère et la fibre morale.

Exemples : l’Amérique puritaine, l’Angleterre de Dickens, les codes de chevalerie et d’honneur, les boy scouts, certains organismes de charité type armée du salut, les systèmes rigides de classes sociales ou de castes, les fondamentalismes religieux, le patriotisme, l’ordre moral…

 

Orange : vMème « matérialiste »

Thème de base : «Etre un gagnant et réussir matériellement».

Caractéristiques :

  • Compter d’abord sur soi et prendre sa vie en charge. Mon  » destin  » dépend de moi.
  • Valorisation de la pensée logique et rationnelle.
  • Réussite matérielle.
  • Le changement est inhérent à la vie.
  • Miser sur la science et la technologie pour faire évoluer le monde. Notion de progrès importante…
  • Entreprendre et prendre des risques pour réussir. Penser en terme de stratégie, de technologie, de compétition.

Exemples : Wall Street, la classe moyenne émergeante, le cadre moderne, l’industrie du look et des cosmétiques, l’univers de la pub et du marketing, la société de consommation, Dallas…

 

Vert : vMème « Humaniste »

Thème de base : bâtir une société plus juste et plus épanouissante dans laquelle l’individu puisse trouver sa place.

Caractéristiques :

  • Le bien être de la communauté passe avant la réussite matérielle individuelle.
  • L’intelligence émotionnelle est aussi importante, ou plus, que l’intelligence logique.
  • Solidarité, égalité, respect des différences et conscience sociale.
  • Lutte contre les oppressions et attitude anti-hiérarchique.
  • Répartir les ressources matérielles et naturelles de façon plus juste. Préserver la Terre.
  • Baser les prises de décisions sur la concertation et le consensus.
  • Position critique à l’égard du profit et de l’enrichissement individuel. L’unité de base est le groupe (communauté / collectivité / régions) et l’objectif général est d’améliorer le sort du plus grand nombre.
  • Développer son potentiel, être attentif aux liens avec les autres humain, retrouver sa dimension spirituelle.

Quelques exemples, en vrac : l’approche rogérienne, Médecins Sans Frontières, les modèles sociaux de type hollandais ou suédois, l’écologie, GreenPeace, les mouvements de libération des opprimés (femmes, prisonniers, homosexuels, minorités, tiers monde…), les retombées sociales de mai 68, la littérature et les groupes concernant le développement personnel et spirituel, la philosophie postmoderne, le politiquement correct à l’américaine, des entreprises telles que Body Shop…

 

Jaune : vMème « Intégratif / Systémique »

Thème de base : vivre pleinement, selon son propre style de vie, tout en fonctionnant avec les autres d’une façon intelligente qui profite à chacun.

Caractéristiques :

  • Chacun est à la fois autonome et construit la vie qui lui convient, tout en étant relié aux autres et en se conduisant de manière responsable.
  • Le groupe et la collectivité sont moins importants qu’au niveau vert. L’individu est d’abord là pour se réaliser et vivre sa vie à sa façon.
  • La flexibilité, l’autonomie, la prise en charge individuelle, la fonctionnalité, ont la priorité.
  • La vie est un kaléidoscope de hiérarchies et de systèmes naturels où les différences sont non seulement acceptées, mais valorisées et utilisées pour créer des synergies qui profitent à chacun.
  • Le savoir, la compétence et le talent sont plus important que le rang, le pouvoir et le statut.
  • Le changement, la nécessité de s’adapter régulièrement font partie intégrante de la vie et sont vécus comme des opportunités.
  • L’innovation, l’intelligence créatrice, les hautes technologies, la nouvelle économie, l’Internet, faire plus avec moins, la notion de haute performance sont quelques uns des thèmes que l’on retrouve à ce niveau.
  • Quelques points de repère au niveau de l’organisation sociale : les nouvelles formes de travail, tel que le fait de se mettre à son compte et de travailler en réseau, en groupes de projets, au sein de structures légères et mobiles, à distance, en télétravail, etc.
  • La richesse de la vie, le plaisir, le fait d’être en évolution et d’apprendre sont plus importants que l’accumulation de richesses matérielles.

 

Turquoise : vMème  » holistique  »

Thème de base : expérimenter l’unité de la vie au travers de l’esprit.

Caractéristiques :

  • Le monde est un organisme unique et dynamique avec un esprit collectif.
  • L’individu est à la fois distinct et partie intégrante d’un tout plus vaste.
  • Chaque unité est connectée à l’ensemble écologiquement.
  • La Terre dans son ensemble baigne dans l’énergie et l’information.
  • La pensée intuitive et holistique, les actions menées en coopération sont la règle.

Exemples : le village planétaire, les idées de Gandhi sur  » l’harmonie plurielle « , la

théorie de Teilhard de Chardin, l’hypothèse Gaïa de Lovelock…

 

  1. Les deux grandes parties de la spirale.

Pour Graves, la spirale telle qu’elle se compose aujourd’hui est constituée de deux grandes parties.

Les 6 premiers vMèmes qui sont apparus au cours de l’histoire de l’humanité – de Beige à Vert inclus – appartiennent en fait selon lui à un seul et même niveau, plus large, qu’il considère comme formant la première partie de la spirale.

La seconde partie débute avec le niveau jaune. Chaque partie possède ses caractéristiques propres qui sont communes aux différents niveaux qui la composent.

Qu’est-ce qui distingue la première partie de la seconde ?

La façon de vivre la polarité individuel / collectif.

Dans la première partie, les deux pôles que forment l’individuel et le collectif fonctionnent comme un mouvement de pendule et alternent en fonction des niveaux.

Par exemple, à l’individualisme de type  » que le plus fort gagne  » propre au niveau rouge, succèdent, au niveau bleu, la loi et la morale dont le but est d’homogénéiser les comportements d’un groupe entier. Puis, au niveau orange, le balancier repart dans l’autre sens avec l’individualisme de l’entrepreneur et l’idéologie du type « que le meilleur gagne « , puis le pôle collectif domine de nouveau au niveau vert où c’est le bien-être du groupe qui prime.

Dans la seconde partie, on perçoit encore des dominantes, mais le mouvement de pendule est moins marqué. L’individu vit sa vie et se prend en charge tout en contribuant de manière responsable à la vie de la collectivité et de la planète. Au niveau jaune, l’accent est mis sur l’individu et au niveau turquoise, sur l’humanité et la conscience de son unité.

 

La diminution des peurs.

La peur est une émotion très présente dans la première partie de la spirale et une source de motivation importante dans les comportements individuels et collectifs.

Elle est beaucoup moins présente dans la deuxième partie de la spirale. Les êtres humains qui vivent à ce niveau ont le sentiment d’être bien équipés pour prendre leur vie en main et fonctionnent plus à partir d’une position de création (créer sa vie) plutôt que simplement de réaction (s’adapter aux circonstances).

Le plaisir, l’apprentissage et le sens des opportunités remplacent au moins pour partie la peur, en tant que motivation de base.

 

La diminution des rigidités.

En accédant au niveau jaune, la personne ne monte pas seulement d’un cran, mais passe à un niveau méta.

C’est à dire que, pour la première fois, elle peut se dégager des conditionnements sociaux qui prévalaient dans les niveaux précédents et créer sa vie sur la base de ses choix propres.

Graves appelle la personne qui vit à ce niveau, le  » libre penseur « , en ce sens que son style de vie repose sur des préférences personnelles et des valeurs choisies plutôt que sur la base d’un besoin d’approbation et de conformité, comme c’est souvent le cas dans les niveaux précédents.

Dans la première partie de la spirale, l’individu est identifié au niveau d’évolution ou il se trouve. C’est à dire que, tout comme le poisson est dans l’eau sans en être conscient, il est immergé dans la vision du monde propre à son niveau d’évolution et s’accroche rigidement à celle ci, la percevant comme la seule possible ou légitime.

Cette attitude est souvent marquée par des comportements compulsifs dans lesquels l’individu ou le groupe sont fixés sur le thème dominant qui caractérise leur niveau d’évolution et cherchent à atteindre coûte que coûte les objectifs propres à ce thème, en avançant un peu comme le cheval avec ses oeillères.

Dans la deuxième partie de la spirale, il devient plus facile d’avoir une vision panoramique et de faire la part des choses.

 

L’accélération des processus d’apprentissage et d’évolution.

En s’ouvrant à des visions différentes, en explorant d’avantage, en intégrant des données auxquelles les niveaux précédents n’avaient pas accès (avec par exemple des technologies comme Internet) les groupes qui sont dans la seconde partie de la spirale créent une dynamique en boule de neige dans laquelle ils apprennent et évoluent de plus en plus vite. Le changement lui-même accélère.

A titre de métaphore, si la première partie de spirale consiste à construire des voitures de plus en plus perfectionnées, le groupe qui accède à la seconde partie change son approche des choses et construit des avions.

C’est aussi à ce stade, que la personne – ou le groupe – peuvent prendre conscience des différents niveaux qui existent dans la spirale et choisir de fonctionner délibérément à l’un ou l’autre en fonction des situations de la vie, sans pour autant s’identifier à ces niveaux là.

 

Obtenir plus de résultats avec de moins de moyens.

C’est une conséquence du niveau précédent. L’accélération de la connaissance et de l’apprentissage permet d’élaborer des systèmes de plus en plus simples et performants, qui permettent d’accomplir plus en moins de temps et avec moins d’énergie.

Notions clés : optimiser, maximiser, plus de résultats avec moins d’effort et plus de plaisir.

 

  1. Sept caractéristiques importantes des vMèmes

 Maintenant que vous avez découvert les différents niveaux de la spirale et les différents niveaux qui la composent, revenons un instant sur la notion de vMème, et découvrons 7 de leurs caractéristiques importantes.

 

  1. Les vMèmes conditionnent nos comportements et nos choix de vie.

 Comme on l’a vu plus haut à travers la présentation des niveaux d’évolution, le vMème dominant propre à chaque niveau contient un ensemble de pensées, de motivations, et d’instructions sur la façon d’agir qui déterminent la façon dont nous prenons nos décisions et les priorités que nous choisissons de donner à nos vies.

Chaque vMème inclut un code de conduite et un ensemble de postulats concernant la façon de se conduire dans la vie.

Il fonctionne comme une entité organisée, possédant sa propre lecture des phénomènes religieux, politiques, éducatifs, familiaux, sociaux, etc.

  1. Les vMèmes existent à 3 niveaux complémentaires.

Niveau individuel

Les individus possèdent un vMème dominant qui va influencer leurs priorités de vie et leurs valeurs. L’éducation des enfants est en fait le processus qui va consister à retransmettre à un enfant les vMèmes qui sont ceux de sa culture et de sa famille et l’apprentissage de la façon d’exprimer ces vMèmes de manière saine et appropriée.

Les crises personnelles, familiales ou dans les relations de travail s’expliquent généralement par l’apparition d’un nouveau vMème qui fait que l’ancien équilibre n’est plus satisfaisant.

Niveau des groupes et des organisations

Les entreprises et organisations ont également un vMème, qui détermine leur succès ou leur échec et conditionne leur évolution générale.

Niveau de la société

Des pays entiers, des cultures locales, nationales ou internationales manifestent aussi un vMème dominant qui leur est propre. La société japonaise est différente

de la société française qui est elle-même différente de la société iranienne etc.

Bien qu’individuellement, les membres de ces sociétés puissent vivre à des niveaux d’évolution différents et donc être représentatifs de différents vMèmes, on peut quand même dégager une tendance générale concernant l’ensemble qu’ils forment.

Lorsqu’il s’agit d’une vision du monde partagée par une culture entière, on parlera de paradigme.

L’instabilité d’une société particulière est souvent causée par des vMèmes en phase de changement ou de confrontation. Nous y reviendrons plus loin dans la formation.

 

  1. Les vMèmes structurent nos manières de penser à un niveau profond.

Ils agissent comme des schémas, des structures mentales, la plupart du temps inconscients, qui déterminent / sous tendent la façon dont les gens pensent et prennent des décisions.

Graves les présente comme des contenants dans lesquels les contenus (thèmes et Mèmes) viennent prendre place en fonction de l’histoire de la personne et de ses conditions de vie.

Par exemple, si une personne a la croyance selon laquelle il existe une Vérité absolue (niveau Bleu), cette croyance de base est un contenant (un vMème qui caractérise le niveau d’évolution où elle se trouve).

Elle peut, selon ses choix personnels ou son éducation, remplir ce contenant de contenus différents. L’une, par exemple, ira chercher cette vérité absolue dans les dogmes propres à une religion particulière, l’autre, à l’opposé, n’aura  » foi  » qu’en la pensée rationaliste et en la lutte des classes. Tant qu’ils partagent la conviction qu’il existe une vérité et une seule et qu’ils tiennent à imposer celle-ci, les 2 sont en fait au même niveau d’évolution et partagent le même « contenant ». Seule la nature des contenus change. Pour le dire autrement, seule la forme a changé. Le fond reste le même.

 

  1. Les vMèmes peuvent s’exprimer de manière saine ou malsaine.

Ils ne sont ni bons ni mauvais par eux-mêmes, ni positifs ni négatifs.

Les vMèmes sains sont ceux qui permettent, voire facilitent l’expression des autres vMèmes de la spirale entière, même s’ils sont en compétition. Ils deviennent malsains quand leur proportion devient trop importante par rapport aux autres vMèmes. Dans la spirale, chaque niveau a sa place et son utilité.

 

  1. Les vMèmes contiennent des  » anticorps « .

Les vMèmes incluent des  » anticorps  » pour se défendre contre les attaques et ingérences d’autres vMèmes qui entreraient en compétition avec eux (par exemple,

le phénomène de rejet viscéral manifesté à l’égard de la démocratie par les pays dirigés par des fondamentalistes religieux).

Souvent, un vMème établi depuis longtemps dans une société aura consolidé son influence et bâti autour de lui des systèmes de protection puissants. Le désir de changement demandera alors un effort important pour déraciner l’ancien modèle et le remplacer par un nouveau. C’est le cas dans lequel se trouvent les pays qui passent du communisme à l’économie de marché.

 

  1. Les vMèmes s’adaptent en fonction des conditions de vie.

Ils ont une forte capacité d’adaptation. Ils tentent de préserver leur intégrité et de se reproduire, pour augmenter leur influence partout où ils le peuvent. Plutôt que d’y penser comme à des entités statiques, il vaut mieux les imaginer comme des éléments biologiques qui s’adaptent, évoluent, mutent, changent de forme ou de domaine dans lequel se manifester, tout en restant fondamentalement porteurs des mêmes messages et de la même vision du monde.

 

  1. On détecte un vMème en repérant la motivation qui sous tend les façons d’agir

des personnes et des groupes qu’on observe.

On ne peut pas détecter un vMème seulement en observant le comportement d’une

personne, en se posant la question  » Que fait-elle ? « .

On a besoin d’aller regarder plus profond, au niveau de la motivation qui sous-tend son comportement, autrement dit de se poser la question  » Pour quelles raisons fait-elle cela ? « .

 

La dynamique de la spirale

La dynamique de la spirale de l’évolution est basée sur 7 caractéristiques qui permettent de comprendre le déploiement de celle-ci. Ces caractéristiques donnent aussi des points de repère à avoir en arrière plan, quand nous verrons plus loin comment utiliser le modèle.

Pour ce développement, et ceux qui suivront, notre principale source de référence est le travail de Beck et Cowan (cf. Spiral Dynamics).

 

Principe n° 1 : les êtres humains ont la capacité de créer de nouveaux vMèmes.

L’être humain possède en lui la capacité d’exister à différents niveaux d’évolution et même à en créer de nouveaux. Aucun n’est meilleur ou pire que l’autre. Ils reflètent simplement différentes perspectives, différentes visions du monde et un accès à des niveaux de complexité différents selon l’étage où se trouve la personne.

 

Principe n° 2 : Ce sont les conditions de vie qui font apparaître de nouveaux vMèmes ou en réveillent d’anciens.

Les vMèmes peuvent émerger lentement ou surgir d’un coup, régresser progressivement ou disparaître soudain. Ils résultent de nos interactions avec l’environnement et des conditions que nous rencontrons dans celui-ci. Parmi ces conditions, 4 jouent un rôle important dans le développement des vMèmes :

  1. a) Le facteur temps : c’est un paramètre clé, simplement parce qu’il est dans la nature de la vie d’être porteuse de changement et d’évolution.

Avec le passage du temps, nos goûts et nos centres d’intérêts changent et notre vision du monde aussi. C’est vrai de l’individu comme des cultures.

Le modèle d’Hudson rend bien compte de ce phénomène au niveau individuel et montre que nous traversons des cycles. Ce processus d’évolution ressemble aux anneaux de croissance des arbres.

Chaque anneau correspond à un certain stade de croissance. De la même façon, les niveaux de la spirale sont comme des anneaux de croissance culturels et psychosociaux, visibles en coupe dans l’arbre de l’évolution humaine.

« Chaque époque contient une grande part de l’époque qui l’a précédée… »

Georges Orwell

Notions clés : époque, génération, périodes, cycles, dates, histoire de vie, phases (cf. Hudson).

  1. b) L’environnement : les conditions physiques, naturelles ou créées par l’homme, dans lesquelles se trouvent les individus et les groupes.

Notions clés : le climat, l’environnement naturel, l’habitat, la densité démographique et dans certaines parties de la planète des éléments de survie basiques tels que l’accès à la nourriture ou l’eau…

  1. c) Les facteurs humains : les priorités, les besoins, les sujets de préoccupation personnels ou collectifs. Les relations que nous avons avec les uns et les autres.

Notions clés : opportunités ou contraintes relationnelles, amis, ennemis, types de tempérament, look et physique, maladie ou bonne santé…

  1. d) Les facteurs sociaux :.le contexte social dans lesquels la personne est insérée.

Notions clés : statut social, appartenance à une certaine classe, accès à l’éducation, niveau d’éducation, opportunités professionnelles, réseau relationnel, système politique dans lequel la personne vit (ex: démocratie ou dictature), lignées, castes, classe d’âge, situation économique (économie prospère ou chômage…).

Selon leur nature, ces 4 types de conditions favorisent ou freinent notre évolution. Il est important de les identifier pour mieux comprendre les réactions d’une personne ou d’un groupe.

En bref, quand les conditions sont réunies pour activer un niveau particulier, voici ce qu’on peut observer:

… quand le niveau ci-dessous est

activé…

…alors les personnes concernées…

Beige

(état de nature )

… agissent de façon animale.

Pourpre

( monde est mystérieux et effrayant)

… tentent d’apaiser les esprits et se regroupent pour se sécuriser.

Rouge

(le monde est une jungle)

… combattent pour assurer leur dominance, au dépend des autres.

Bleu

( monde dirigé par un pouvoir supérieur)

… obéissent à une autorité suprême et ont foi en la Vérité.

Orange

(opportunités et profit)

… essaieront de réussir en utilisant leurs avantages.

Vert

(partage avec les autres)

… rejoindront le groupe pour expérimenter une croissance partagée.

Jaune

(surfer sur le changement et le chaos)

… apprennent à vivre de façon libre et indépendante, tout en respectant le bien commun.

Turquoise

(expérience de l’unité)

… recherchent l’unité dans la complexité.

 

Principe n° 3 : Les vMèmes oscillent entre deux pôles : individualiste et

collectiviste.

Développons un peu plus cette notion déjà abordée dans la fiche précédente :

Chaque vMème penche soit vers le pôle individuel, soit vers le pôle collectif.

La première famille de vMèmes, qui regroupe les couleurs chaudes (beige / rouge / orange / jaune) est caractérisée par sa dominante individualiste.

L’autre, qui réunit les couleurs froides (pourpre / bleu / vert / turquoise), est caractérisée par sa dominante « collectiviste »: l’individu ou le groupe sont subordonnés à la communauté.

Entre ces deux pôles, la spirale fonctionne un peu comme un pendule et maintient son équilibre par l’alternance. A une période où l’individualisme domine, suit en retour de balancier une période « collectiviste » qui vient rétablir l’équilibre et ainsi de suite.

 

Principales caractéristiques des 2 familles :

La famille des vMèmes « individualistes » est tournée vers le monde extérieur avec l’idée de le conquérir, le changer, le façonner…

Les systèmes caractérisés par cette dominante individualiste sont plus ouverts, incluent moins de contraintes, sont plus favorables au changement, plus enclins à prendre des risques et laissent une plus grande liberté à l’individu dans sa façon de vivre.

L’autre pôle, tourné vers l’aspect collectif, rassemble les vMèmes qui considèrent le tout comme supérieur à la somme des parties.

Alors que le pôle individualiste concentre prioritairement son énergie vers l’exploration et le contrôle du monde extérieur, le pôle collectif se focalise d’avantage sur la dimension interne du groupe ou de l’individu et sur les moyens d’assurer plus de bien être à l’ensemble.

De ce fait même, ce groupe tend à être plus conservateur et plus à la recherche d’ordre et d’harmonie.

Là ou les « individualistes » vont explorer, chercher de nouvelles façons de générer de la richesse matérielle, les « collectivistes » vont plutôt consolider les acquis, assurer le maintien des équilibres et prôner une redistribution plus juste.

Les vMèmes de couleur chaude (individualiste) abordent toujours les systèmes à partir de critères hiérarchiques.

Pour le beige, la hiérarchie est basée sur les caractéristiques liées à la survie. C’est celui qui court le plus vite qui a le plus de pouvoir.

Pour le rouge, la hiérarchie est basée sur le pouvoir et la force.

Pour l’orange, elle repose sur le statut et la réussite sociale.

Pour le jaune, elle repose sur la connaissance et la compétence.

Les vMèmes de couleur froide (pôle collectif) se développent en systèmes qui incluent peu de niveaux hiérarchiques. Si on devait les représenter à la façon d’un organigramme d’entreprise, celui-ci serait en râteau, en « hiérarchie plate ».

Un élément directeur chapeaute l’ensemble et les éléments qui lui sont subordonnés sont égaux entre eux.

Pour le pourpre, ce système de base, c’est le clan ou la tribu.

Pour les bleus, c’est la communauté des croyants (ceux qui partagent les mêmes croyances politiques et/ou religieuses, la patrie).

Pour les verts, ce sera le regroupement des intérêts et des sensibilités communes.

Sur le pôle individualiste, la source de motivation et de contrôle (savoir qui dirige ma vie) est plutôt située à l’intérieur. L’individu est le premier responsable de sa vie.

Sur le pôle collectif, la source de motivation et de contrôle est plutôt située à

l’extérieur : l’ordre de la nature ou de Dieu, l’état, la communauté, le groupe, le

leader…

 

Principe n° 4 : Les vMèmes apparaissent au long de la spirale à la manière de

vagues.

Les nouveaux vMèmes apparaissent comme des vagues sur une plage. Pendant que l’une reflue, la suivante prend de la hauteur. Parfois les 2 mouvements sont synchrones et l’ensemble du processus accélère, parfois ils sont antagonistes et le processus ralentit.

Comme pour les vagues aussi, chaque niveau d’évolution / vMème porte en lui les restes de la vague précédente ainsi que les signes avant coureur de celle qui suivra.

Le cycle de vie de chaque vMème est caractérisé par trois phases :

– Une Phase ascendante ou une phase d’émergence.

L’énergie augmente, la vague prend son essor, elle se développe. Socialement et individuellement, le processus se traduit par une période de découverte et d’exploration.

– Une apogée.

Un temps d’équilibre dynamique et de stabilité – au moins apparente – dans le développement de la vague. Socialement, ce sont les moments ou les conditions de vie et le vMème qui domine à ce moment sont en phase, en congruence, en équilibre.

Graves insiste sur le fait qu’il s’agit là d’une phase surtout théorique, rarement réalisée dans la réalité.

– Phase de régression .

Ce temps de stabilité apparente est suivi par une période de recul, d’affaiblissement, de confusion, de désintégration, où le système perd en stabilité et en efficacité, parce que de nouvelles conditions de vie apparaissent et qu’il n’est pas bien équipé pour pouvoir y répondre.

Par exemple, de nouveaux types de problèmes ou de challenges émergent, un nouveau niveau de complexité apparaît et ces nouveautés sont trop compliquées à résoudre pour le vMème en place qui se trouve dépassé.

  

Principe n°5: Les niveaux sont organisés en degrés croissant de complexité

Un nouveau vMème apparaît lorsque celui qui est en place n’est plus adapté pour répondre aux conditions de vie actuelles. Ces conditions de vie nous placent devant de nouvelles opportunités et aussi de nouveaux problèmes à résoudre qui ont à chaque fois comme caractéristiques d’être d’une complexité plus grande à résoudre que celle qui précédait. Elles nécessitent donc aussi l’accès à de nouvelles façons de penser le monde et la vie, qui soient à la hauteur des challenges rencontrés.

Et c’est là que le vMème en place commence à diminuer en influence, car il n’est pas équipé pour accéder à ce nouveau niveau de complexité. Les vieux discours et les anciennes solutions n’apportent pas les réponses attendues, la nouvelle vague se profile.

Souvenez vous de la forme de la spirale : chaque tour de spirale est non seulement au-dessus de celui qui le précède. Il est aussi plus large. Cette complexification des niveaux de la spirale résulte en grande partie du fait que la connaissance et les expériences sont des processus cumulatifs. Plus le nombre de variables augmente, plus le système devient complexe.

 

Principe n°6 : Le processus de développement de la spirale est ouvert

La spirale est un système ouvert et l’apparition des niveaux futurs n’est pas prédéterminée.

Tout ce que l’on peut constater, comme on l’a dit juste avant, c’est que les différents vMèmes apparaissent dans un ordre croissant de complexité ( et par définition, plus un système est complexe, moins il est facile de prévoir son évolution).

Chaque nouveau niveau / vMème se construit pour partie sur la base de ceux qui l’ont précédé, mais pour partie seulement Il contient aussi des éléments spécifiques nouveaux qui le rendent difficilement anticipable.

Les niveaux dont on parle sont ceux que l’on peut observer parce qu’ils sont déjà là, même s’ils sont à peine émergeants, comme c’est le cas pour le niveau Turquoise.

Par contre, il est difficile de faire des prévisions pour ceux qui sont à venir dans un futur plus lointain, car trop de facteurs entrent en jeu.

Citons entre autres :

  1. Les libertés individuelles plus grandes

Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, de plus en plus d’individus ont le droit de vivre comme ils l’entendent, d’inventer de nouveaux types de relations humaines, d’explorer les multiples facettes de leur personnalité, de choisir leur propre style de vie etc.

Cette plus grande liberté dans les idées et les comportements conduit à une quantité de choix possibles plus grand. La vie ressemble de plus en plus à un menu de restaurant chinois.

  1. La circulation de l’information

Nous sommes entrés dans la société de l’information. Jamais autant d’idées et de concepts différents n’ont circulés en même temps, que ce soit par le biais d’Internet ou par le nombre de livres qui se publient chaque mois, de modes lancées, etc. Difficile de savoir celles qui feront recette à long terme et celles qui disparaîtront.

  1. La technologie, les découvertes scientifiques

Personne ne soupçonnait l’apparition du micro-ordinateur et l’importance qu’il allait prendre dans nos modes de vie, à peine un an avant son apparition, idem pour Internet il y a à peine dix ans, ou pour la contraception dans les sixties. Ces trois points ont non seulement modifiés le profil de nos société mais ils ont aussi modifié les comportements individuels. Ce qui va émerger dans les années qui viennent aura un impact aussi considérable et imprévisible sur nos modes de fonctionnement.

  1. Le hasard

Nos vies se déroulent rarement de façon logique, rationnelle, « programmée » et entièrement comme elles étaient prévues.

Il y a la partie que je contrôle et puis l’autre, celle qui me dépasse et qui fait aussi l’intérêt de la vie : les bonnes ou mauvaises rencontres, les cadeaux de la vie, les opportunités à saisir, tout ce que nous appelons, selon nos convictions, le destin, le hasard, la chance, les coïncidences, etc.

Autrement dit: le futur n’est plus ce qu’il était. Il reste à écrire.

 

Principe n°7 : Les vMèmes coexistent en nous sous forme de strates.

Si nous pouvions couper en tranches la spirale représentative d’une personne à un moment donné, nous y découvririons des strates asymétriques de vMèmes, ressemblant un peu à une rondelle d’oignon.

Ces strates montreraient l’importance relative des différents vMèmes dans les principaux domaines de vie de la personne.

Par exemple, un premier individu à tendance ROUGE abordera la religion au travers d’un filtre BLEU, et la vie de famille au travers d’un filtre POURPRE, tandis qu’un second individu à tendance VERTE activera ses capacités ROUGES dans les domaines sportifs et maintiendra un haut niveau ORANGE en matière de business.

 

Description détaillée des vMèmes

Note préliminaire à la description détaillée des vMèmes

Par convention, nous ferons référence aux conditions de vie qui accompagnent le développement d’un vMème particulier par son numéro d’ordre. Ainsi, les conditions de vie qui accompagnent :

– le vMème Beige seront désignées par le sigle CV 1,

– le vMème Pourpre, par le sigle CV 2,

– le vMème Rouge, par le sigle CV 3,

-le vMème Bleu, par le sigle CV 4,

– le vMème Orange, par le sigle CV 5,

– le vMème Vert, par le sigle CV 6,

– le vMème Jaune, par le sigle CV 7,

– et le vMème Turquoise par le sigle CV 8.

 

vMème Beige

La survie / Les sens : Le vMème Instinctif

Rappel des principales caractéristiques :

– Fonctionnement automatique et réflexe.

– Centré autour de la satisfaction des besoins physiologiques.

– Fonctionnement sur un mode basique, instinctif et génétique.

– Peu de conscience de soi en tant qu’être humain (indifférencié de son environnement).

– Impact et contrôle sur l’environnement très faibles.

L’essence du vMème Beige.

Les conditions de vie :

« Mon existence est centrée sur la survie. Je consacre mon énergie à cette survie et à la satisfaction de mes besoins physiques, de façon à n’être ni affamé, ni assoiffé. Je dois préserver mon espèce par la procréation. Je ne sais pas ce que vous voulez dire par « moi », « futur » ou « projets d’avenir ». Mes comportements sont dictés par mon corps et mes 5 sens, pas ma réflexion ».

L’apparition du vMème Beige.

Personne ne peut à ce jour déterminer avec précision le moment ou nous sommes devenus des êtres humains. Cependant, les recherches archéologiques et les analyses d’ADN tendent à prouver qu’il s’est bel et bien produit un changement spécifique à un moment donné.

Notre espèce est partie de nos ancêtres hominidés (Néanderthaliens) pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui.

La différence génétique entre un homme et un chimpanzé n’est que de 1%, et c’est dans ce pourcentage qu’il nous faut chercher la cause du développement de nouveaux vMèmes chez l’homme, alors que le phénomène ne s’est – à priori – pas produit chez les singes, les baleines ou les dauphins.

Quelle qu’en soit la cause (intervention divine, processus d’évolution, chute d’une comète ou quoi que ce soit), cette différence a mis la dynamique humaine en mouvement et généré le premier vMème.

A la source du vMème Beige

– Survivre au niveau le plus basique.

– Satisfaire ses besoins physiologiques.

– Se regrouper en bandes pour se protéger.

– S’efforcer de survivre au jour le jour.

La personne qui se trouve au niveau Beige est caractérisée par son fonctionnement automatique. Elle agit en fonction de ses impératifs physiologiques et utilise avant tous ses sens qui sont sa meilleure garantie de survie.

Lorsque ce vMème est le seul actif chez une personne, on peut dire qu’elle est biologiquement et physiologiquement vivante, mais qu’elle n’a pas pour autant d’existence psychologique réelle. Si, de plus, les fonctions cérébrales d’ordre supérieur n’ont jamais été activées, nous sommes juste un cran au-dessus du stade végétatif.

Il y a quelques dizaines de milliers d’années, le vMème Beige était le plus adapté à son environnement. C’était lui qui donnait à nos ancêtres l’avantage sur la nature. Aujourd’hui, si nous reprenons les propos de Graves, c’est « le monde du nourrisson, de certaines tribus indigènes, des personnes séniles, de ceux qui ont régressé à cause d’un stress trop important » (par exemple situation de guerre : combats, bombardements).

La satisfaction des besoins de base

Le vMème Beige est préoccupé par la satisfaction de ses besoins physiologiques : se nourrir, boire, être au chaud, procréer, et, dans la mesure du possible, accéder à un peu de sécurité (ne pas être mangé par un lion, piétiné par un buffle ou enseveli sous les bombes).

A ce niveau, un comportement instinctif, qui ne fait pas ou peu intervenir les fonctions intellectuelles supérieures est la norme. La plupart des actes sont réflexes, plutôt que logiques ou volontaires.

Comme nous l’avons dit, ce mode de pensée Beige domine la vie du nourrisson. Parfois, il resurgit aussi en fin de vie, par exemple dans le cas de la maladie d’Alzheimer. Il peut également être réactivé par certaines maladies mentales ou dans certaines situations de stress extrême.

En zone Beige, les émotions se limitent au réflexe de base recherche /évitement, et la plus grande partie des ressources est consacrée à la survie quotidienne. Les concepts de  » je « ,  » tu  » ou même « çà  » sont peu formés et l’individu n’a pas de sens réel d’un  » moi  » distinct de son environnement.

Les concepts de temps et d’espace se bornent à la conscience du moment présent et de l’endroit où se trouve maintenant la personne.

Précisons cependant qu’une personne fonctionnant à ce niveau n’est pas forcément stupide ou déficiente, mais seulement que des conditions de vie CV 1 dominent à ce moment donné.

De manière plus tragique, un manque de stimulation ou une malnutrition peuvent malheureusement rendre cette condition permanente et limiter le développement affectif et intellectuel des enfants qui en ont souffert, comme c’est parfois le cas dans certaines contrées du Tiers-Monde.

Compétences de survie : l’intelligence Beige.

Cette forme d’intelligence propre au vMème Beige est née dans la savane, la forêt tropicale, le bush ou la toundra et est encore présente de nos jours, chez certains groupes humains qui vivent toujours à l’âge de pierre et sont, au moins pour partie, gouvernés par ce vMème.

On peut les rencontrer en Amérique du Sud, dans le bush africain et dans certaines îles du Pacifique.

Ces sociétés Beiges provoquent généralement deux types de réactions :

  1. Vision condescendante de ceux qui considèrent le vMème Beige comme « primitif  » (ce qu’il est, mais au sens littéral du terme c’est-à-dire  » premier « …). Attitude du type : Ah, ces sauvages…
  2. Vision idéalisée de ceux qui y voient au contraire un paradis perdu et un summum de la conscience humaine.

Réaction du type : Ils sont authentiques, dépositaires de la sagesse ancestrale, en contact avec le cosmos etc.

Historiquement, ces deux points de vue ont eu en commun de nuire aux cultures en question, en conduisant soit au colonialisme, soit à la relégation de civilisations entières au rang de curiosités de musée.

Bien que la science actuelle ne sache pas comment l’expliquer, le vMème Beige semble conférer l’accès à des capacités intuitives particulières plus importantes que la moyenne, ainsi qu’un sens aigu de l’attention. Après quelques semaines dans le bush, certaines personnes – trekkers, militaires – ont fait état d’un accroissement hors du commun de leurs capacités auditives et olfactives. On peut penser que la survie étant dans ces sociétés directement liée à l’acuité sensorielle, les capacités des 5 sens sont étendues de façon plus importante et plus subtile dans celles-ci que dans nos sociétés.

Quand le vMème Beige est dominant, les personnes se regroupent en bandes qui ne sont pas organisées. L’objectif, bien que non conscient, est la survie et la procréation.

Ce vMème Beige a laissé des traces dans nos réactions physiologiques.

Les réactions que l’on dit instinctives ou intuitives dans les moments d’urgence et de crise sont des survivances de réflexes acquis lors de cette époque ou le vMème Beige dominait.

Parfois, ce vMème apparaît lorsqu’une personne est psychologiquement dépassée.

Lorsqu’elles sont accablées par trop de stress – émotions très fortes, situations de combat, catastrophes -, certaines personnes régressent au niveau Beige.

A l’exception des nourrissons qui passent assez rapidement par cette zone Beige et des personnes souffrant de dommages cérébraux, le vMème Beige ne se manifeste pratiquement plus de nos jours, que lorsqu’il est déclenché par des situations entraînant des comportements régressifs. Dans ces cas, les comportements régressifs en questions sont généralement des manifestations temporaires présentées par des personnes qui vivent habituellement dans des étages plus évolués de la Spirale.

Comment se comporter avec le vMème Beige

Quand la personne est temporairement au niveau Beige, de par un état de choc qui l’a fait régresser, le comportement consiste à lui donner de l’attention et à prendre soin d’elle.

Souvent les personnes dans cette zone n’ont plus l’énergie nécessaire pour demander de l’aide, mais seulement pour l’accepter quand elle se manifeste. Quand on prend l’exemple des tragédies lourdes en pertes humaines (Rwanda ou Kosovo par exemple), on observe que beaucoup de survivants régressent, de manière temporaire au moins, à un état d’être Beige. Leurs besoins de base doivent être satisfaits pour stabiliser cet état, avant d’envisager de les ramener à leur vMèmes d’origine.

Une fois ces besoins liés aux conditions de vie CV 1 satisfaits, on peut les aider à remonter. Ce chemin passe souvent par l’expression des émotions, peur, tristesse et colère.

Dans une situation plus  » normale « , du type excès de stress, on veillera de même à d’abord privilégier la satisfaction des besoins liés à la condition CV 1, avant de faire quoi que ce soit d’autre. Oublier cette étape reviendrait à ne rien faire puisque c’est là le seul moyen d’entrer en contact avec une personne ayant régressé à ce niveau.

Qu’est ce qui fait qu’un enfant ou groupe humain quittent le niveau Beige ?

L’un des points particulièrement intéressants de ce modèle est que les stades d’évolution qu’il décrit concernent aussi bien un individu qu’une société.

Chaque enfant, dès sa naissance rentre dans la spirale par la base de celle-ci et va récapituler en accéléré l’évolution de l’humanité. Chacun de nous a démarré l’aventure de la conscience et de l’évolution à la case départ : le vMème Beige.

Le niveau que la personne atteindra va dépendre de 2 catégories de facteurs :

– Les facteurs extérieurs : le niveau où se trouve la culture dans lequel elle baigne et de façon générale les conditions de vie qui sont les siennes.

– Les facteurs intérieurs, personnels : intelligence, talents, type de caractère, niveau de conscience, prédispositions génétiques etc.

Cette question de savoir ce qui, historiquement, conduit un être humain ou une société à passer au niveau suivant va se poser pour chaque étage de la spirale.

Dans le cas du vMème Beige, les facteurs clés sont les suivants :

– L’existence en bandes spontanées génère des problèmes difficiles à résoudre concernant la compétition pour la nourriture, les partenaires sexuels ou le territoire et indiquent le besoin d’un début d’organisation, de règles du jeu (qu’apportera le niveau Pourpre).

– Quand un individu vivant dans des conditions de vie VC 1 arrive à satisfaire ses besoins, de nouvelles connexions cérébrales se forment et sa vision du monde devient un peu plus complexe. L’idée d’exister en tant qu’être distinct des autres et de l’environnement émerge et avec elle de nouveaux besoins et comportements.

– Les individus ne se contentent plus de percevoir sensoriellement le monde, mais commencent à faire quelques causes-effets simples qui reposent sur la base de leurs observations (cependant, tout ce qui va au-delà du constat immédiat reste attribué à la magie).

Quand le nouveau-né ou la peuplade ont satisfait leurs besoins physiologiques de base et que leur survie est à peu près assurée, les conditions de vie VC 2 apparaissent naturellement.

Avec elles, vient la reconnaissance du danger (émanant de la nature ou des autres individus). Le Moi commence à se différencier et les individus commencent à prendre conscience de la puissance du monde extérieur d’abord perçu comme effrayant. La mémoire fait de plus en plus de connections causes-effets.

L’émergence de nouvelles émotions entraînent l’attachement à des personnes et à des objets.

Les conditions de vie CV 2 sont désormais en place et la scène est dressée pour le second acte, le niveau Pourpre, dans lequel la pensée magique va prendre toute son ampleur…

 

Pourpre : l’esprit les ancêtres

Le vMème clanique

Rappel des caractéristiques principales :

– Obéit aux désirs des esprits.

– Fait vœu d’allégeance auprès des anciens, des ancêtres, du clan.

– Préserve les objets, endroits et rituels sacrés.

– Vit en tribu pour être en sécurité et pouvoir faire front.

– Vit dans un monde enchanté et magique.

– Cherche l’harmonie avec les forces de la nature.

A la source du Pourpre – les conditions de vie CV 2

« Nous cherchons sécurité et protection pour notre espèce au travers des relations de sang, des familles nombreuses et des pouvoirs magiques qui permettent de communiquer avec le monde des esprits. Nous honorons nos ancêtres pour qu’ils restent toujours avec nous. Notre vie est faite de rituels saisonniers, de rites de passage, de musique traditionnelle et de danse. Par nos cérémonies, nous recherchons l’harmonie avec la nature ».

Des instincts biologiques vers l’esprit conscient

Le mode de vie Beige, de type horde, permettait de satisfaire les besoins biologiques, mais n’apportait rien pour ce qui est des besoins sociaux, qui font leur apparition avec les conditions de vie CV 2. Les liens de sang et la proximité deviennent alors des éléments fédérateurs.

Le Pourpre est aussi le premier à s’interroger sur la nature des forces en action dans le monde qui l’entoure. Alors que le vMème Beige n’était pas en mesure de comprendre le concept de cause-effet, cette capacité est activée avec le Pourpre.

Quand l’intelligence Pourpre se pose la question de savoir pourquoi les choses arrivent, elle trouve ses réponses dans les forces naturelles invisibles et le monde des esprits.

Sur le plan historique, on peut imaginer que cela a été causé par :

  1. Des bandes éparses de cueilleurs qui, ayant surexploité leur milieu et leurs ressources locales, se sont trouvés dans la situation de devoir changer de lieu d’approvisionnement et ont appris à s’organiser pour y parvenir…

Ou/et

  1. Des groupes en migration rencontrant d’autres groupes, qui ont dû développer des règles interpersonnelles et sociales pour maintenir l’harmonie générale.

Cette culture émergeante a activé les capacités dormantes d’analyse, de compréhension, de mémoire, et même de planification. Un modèle du monde dynamique, bien qu’encore relativement simple, a émergé, produisant ainsi la première carte humaine de compréhension de la réalité.

Le succès de la famille, du clan ou de la tribu comme mode d’organisation, combiné à l’amélioration des chances de survie, a libéré une énergie qui s’est investie dans des questions plus spirituelles : mythologie, arts, histoires orales, cérémonies, rituels…

L’imagination riche du Pourpre voyait – et voit encore – des créatures dans la forme des constellations, des animaux sur les murs des cavernes et des lutins dans les forêts enchantées.

Phase de passage du Beige au Pourpre

Les conditions de vie CV 2 tendent à activer les capacités cérébrales permettant d’établir des liens de cause à effet. Ceux-ci restent malgré tout approximatifs.

Par exemple, si une vache meurt alors que la lune est pleine, le Pourpre en déduira que la pleine lune contribue à la mort des vaches. De telles croyances deviennent des superstitions, qui se diffusent grâce à la tradition orale et peuvent même donner naissance à des règles de fonctionnement, voire des lois.

Au niveau collectif, ce niveau est celui de l’animisme, c’est à dire celui de la pensée magique. Les racines de l’animisme se sont développées avec le passage du Beige au Pourpre, avec le grand intérêt que manifestait l’homme à l’égard des éléments de la nature : les rivières, les montagnes, le soleil, le ciel, le feu, etc. sont des énergies mystérieuses ou la demeure de dieux et d’esprits. L’idée est de s’attirer les bonnes grâces de ces forces ou d’en capter l’énergie. C’est ce que fait le niveau Pourpre avec l’utilisation des rituels et des objets symboliques (totems, amulettes, reliques, charmes, porte-bonheur…).

Au niveau de l’individu, l’apparition du vMème Pourpre marque la transition de

l’état du nourrisson à celui d’enfant. C’est à ce moment que le bébé commence à réaliser que certains de ses comportements lui permettent d’obtenir de la nourriture et de l’attention. La pensée symbolique commence également à apparaître et des mots comme « papa », « maman » font leur apparition. C’est aussi une phase ou le corps et ses fonctions intriguent beaucoup l’enfant, car la pensée Pourpre est encore immédiate et organique.

Les enfants qui sont au niveau Pourpre deviennent dépendants de certains objets de leur sphère : le « doudou », la girafe qui couine, l’ours en peluche (qui servira de souffre douleur, quand il passera au niveau Rouge, puis à qui l’enfant fera la leçon quand le Bleu émergera…).

C’est à partir du milieu de la période Pourpre que les enfants commencent à comprendre que les personnes et les animaux qui sont autour d’eux sont des êtres vivants plutôt que des objets, étape de développement que de nombreux criminels et serial killers semblent avoir raté. 

L’esprit Pourpre est animiste, chamaniste et mystique

A ce niveau, les individus vivent dans un monde effrayant, peuplé de sorciers, de sorts et d’entités très puissantes. Mythes, légendes et paraboles fleurissent si facilement avec les conditions de vie CV 2, que la limite entre le réel et l’imaginaire est souvent floue.

On retrouve le même phénomène chez l’enfant, qui, tant qu’il vit dans le monde de la pensée magique, éprouve des difficultés à différencier la réalité de l’imagination et à confondre les histoires qu’il se raconte avec les faits.

Le Pourpre passe un temps important à anticiper les désirs des esprits ou à apaiser leurs colères.

De la même manière, ceux qui sont particulièrement doués pour communiquer et faciliter les relations humaines, sont honorés car ils jouent un rôle important dans le maintient de l’harmonie du groupe, ce qui est critique à sa survie.

Le mode de pensée Pourpre est dichotomique : Les autres sont des amis ou des ennemis, ils sont des nôtres ou pas (« t’es pas de ma bande… »).

Le rapport au temps est aussi très spécifique: ce qui est important, se sont les personnes et le lieu où elles vont se retrouver, plutôt que le moment exact. Ce fonctionnement désarçonne souvent les occidentaux qui sont furieux des rendez-vous manqués ou des habitudes de travail trop élastiques pour leur goût dans les cultures de type Pourpre (Afrique et Amérique du sud en particulier), dans lesquelles les relations humaines et la qualité des interactions sociales passent d’abord.

La mémoire collective contient de nombreux éléments Pourpres

La mémoire collective Pourpre contient une large sagesse qui a souvent donné naissance à des mythes et s’est répandue grâce au folklore et à la tradition orale.

Les fables, les sagas et les légendes trouvent en fait souvent leurs origines dans des évènements réels qui ont été amplifiés.

De nombreuses religions partagent des racines Pourpres similaires. Certaines ont gardé des reliques et des icônes qui datent de la période Pourpre de leur histoire et renvoient souvent à plusieurs siècles ou millénaires en arrière.

Dans notre culture, de nombreuses fêtes religieuses que l’on célèbre encore aujourd’hui, prennent leur origine dans des cultes celtes, grecs ou romains, qui ont été adaptés par la suite par le monde chrétien et correspondaient à l’origine, par exemple, à des rites païens solaires ou lunaires dont on a presque perdu le souvenir aujourd’hui.

On voit bien ici le transfert du Pourpre au Bleu, correspondant à une phase de modernisation de la religion.

Le groupe n’est concerné que par sa survie et le bien-être de sa propre ethnie

Le groupe, qu’il soit restreint comme les Indiens Hopi ou vaste comme la Chine dynastique, a une très forte conscience de soi. Ses membres se considérant comme les hommes, les autres étant des étrangers, des curiosités, en tous cas, pas de « vrais » êtres humains (l’expression « effrayant diables blancs » est toujours en vigueur dans Chinatown, à New York).

Cette perception dichotomique est à la fois la force et la faiblesse du Pourpre. L’intérêt accordé exclusivement au groupe favorise la protection et la sécurité de ses membres, mais isole également. Cet isolement, poussé à son paroxysme, peut parfois conduire à des guerres tribales ou claniques d’une extrême violence, dans lesquels les enjeux sont non pas économiques, mais ethniques ou raciaux comme en Bosnie, au Rwanda ou au Kosovo.

Les sociétés pourpres sont des sociétés traditionnelles dans lequel l’objectif suprême est de maintenir l’équilibre de la société tel qu’il est.

La tradition n’est pas vécue comme une façon de vivre parmi d’autre, mais comme inhérente à la nature des choses et devant être impérativement respectée.

Les Pourpres ne peuvent pas imaginer d’autres façons d’être que la leur et l’introduction d’un changement aussi minime qu’il soit, perturbe profondément ces sociétés (ou ces personnes).

L’incapacité à s’adapter à des nouvelles conditions de vie a conduit certaines sociétés Pourpres à se trouver absorbées par d’autres sociétés évoluant plus haut dans la spirale, à savoir, le Bleu colonial ou l’Orange de l’industrialisation. Bien que fragile, ce vMème ancien n’en est pas moins puissant. Il a la capacité d’attirer le bien comme le mal.

Pendant la seconde guerre mondiale, des symboles mystiques et des rituels tirés de la couche Pourpre ont aidé à mettre en place la mythologie arienne, la centrant sur une personnalité dominante, représentative de la vision propre à ce niveau.

La leçon à en tirer : quand un leader a la capacité d’entrer en contact avec la couche Pourpre d’une population, il peut acquérir une très forte influence sur celle-ci et l’entraîner éventuellement dans des comportements que, ni la raison ni la décence humaine, ne peuvent endiguer facilement.

Un pour tous, tous pour un

La réciprocité est une part importante du vMème Pourpre et la clé de l’organisation de toutes les sociétés tribales. La propriété est en grande partie commune : « Si aujourd’hui je trouve de la nourriture, je la partagerai volontiers avec toi parce que demain tu pourrais être chanceux et moi pas ». Cette interdépendance coopérative forme la base de la société africaine, une sorte de socialisme humaniste auquel on se réfère souvent sous le terme ubuntu.

Tout comme les objets matériels, la vie d’un individu appartient à sa communauté. Que se soient les kamikazes japonais de la seconde guerre mondiale ou les parents retrouvés à Pompéi couchés sur leurs enfants dans une attitude protectrice, les individus donnent volontairement leur vie pour la sauvegarde du groupe.

La différence entre le groupe et les individus qui lui sont extérieurs, qui sont perçus comme n’étant pas réellement des êtres humains, peut également expliquer les sacrifices humains ou l’esclavage dans ce type de sociétés, où l’esprit Pourpre domine.

Shamans, ancêtres et chefs

Pour mieux comprendre les phénomènes naturels, souvent dangereux et inexplicables, les groupes Pourpres font appels à des personnes dont la vision du monde et la compréhension des choses leur semble plus élevée que celle du lot. C’est là qu’apparaît le Chaman, l’Homme médecine, l’Oracle ou le Sorcier.

Celui-ci est considéré comme plus proche du royaume spirituel et plus en contact avec les forces de la « Grande Mère ». Il devient l’intermédiaire privilégié entre la tribu / le clan et l’autre monde. Il interprète les messages de l’au-delà.

Là où les Bleus prient pour être guéris et où les Oranges s’en remettent à la science et à la technologie, les Pourpres travaillent à « aligner » les forces subtiles de leur corps, et utilisent des remèdes naturels.

La médecine traditionnelle chinoise et l’acupuncture incluent une large part de Pourpre, ce qui est le cas aussi de différentes médecines douces ou d’inspiration New Age.

Comme le Chaman, les ancêtres sont respectés pour leur sagesse et leur expérience. Ils incarnent les relations avec le passé et rejoindront bientôt les ancêtres vénérés. Le conseil des anciens est souvent le corps exécutif du clan. 

Des esprits en tout chose

Pour l’animiste, toute chose est animée d’une âme et d’un esprit. Les forces bénéfiques et maléfiques doivent être gardées en état d’équilibre. La sorcellerie est crainte et respectée et les groupes Pourpres sont très réticents à ne serait-ce que parler de tels sujets avec des personnes extérieures au groupe (cf. vaudou).

Les endroits magiques et les personnes de pouvoir sont typiques des sociétés Pourpres. Le Pourpre assigne une force de vie et une intention à la nature et aux objets : le vieux chêne n’est pas seulement une source potentielle de bois ou un élément du décor, mais la maison des esprits et le témoin vivant d’évènements innombrables.

Les médailles religieuses, les bagues de mariage, les porte-bonheur, les amulettes et les gri-gri sont des objets à dominante pourpre et leur perte peut être vécue comme un traumatisme.

Quand ils tendaient d’étendre leur foi dans des zones à prédominance Pourpre, les missionnaires catholiques voyageaient avec des statues, des croix, des calices et autres signes tangibles de leur foi (cf. l’industrie des souvenirs à Lourdes ou à Fatima, le médaillon St Christophe porte-bonheur dans la voiture etc.).

Réactivation Pourpre

Bien que beaucoup de personnes pensent être peu influencées par ce vMème, il se réactive en fait très rapidement si les conditions de vie CV 2 redeviennent dominantes. Elles peuvent l’être de deux façons :

– négative (peur profonde, stress, maladie, …)

– positive (tomber amoureux, grands passages de vie, entendre « votre chanson »…)

Ce vMème fait partie de notre personnalité, et vous avez sans doute des exemples personnels de situations ou vous fonctionnez – ou avez fonctionné – à ce niveau.

La carte est le territoire

Pour le Pourpre, le mot est la chose et la carte est le territoire. Certains mots peuvent être si sacrés qu’ils ne doivent être prononcés qu’en des lieux bien précis. Certains actions ne peuvent être décrites oralement à cause de leur pouvoir d’invocation…

Genre, sexe et lignée

La vie sociale se déroule au sein de petits groupes où les liens de sang sont très forts. Les tâches sont spécifiées par âge et par genre et assignées à des sous-groupes particuliers. Quand le Pourpre est actif, les enfants sont séparés en classe de garçons et de filles. Les adultes ont leur codes vestimentaires leurs symboles, leurs rites de passage…

La perpétuation de l’espèce dans ce vMème diffère de l’instinct pur du Beige : il y a bien intention délibérée de se reproduire pour perpétuer la population, la famille, la tribu.

Les conditions de vie CV 2 demandent un taux de naissance élevé puisque le taux de mortalité est aussi très élevé et que le travail manuel est essentiel à la survie (d’où la préférence marquée pour les garçons). Les enfants sont en fait la sécurité sociale et la protection des vieux jours. Les descendants pourront aussi conquérir de nouvelles terres pour la tribu ou servir à construire de nouvelles alliances avec d’autres clans, rôle souvent réservé aux filles.

Le népotisme est naturel au Pourpre. La famille prend soin des siens. Dans la plupart des pays africains, la coutume oblige le frère survivant à prendre soin de la femme et de la famille de son frère décédé, prenant cette femme pour l’une des siennes. Le Pourpre est souvent polythéiste et polygame (dans les cultures traditionnelles bien sûr).

Impact sur l’environnement

Le mode de vie Pourpre a peu d’impact sur l’environnement pour autant que les groupes restent de petite taille. Cependant, quand ces cultures sont perturbées par l’intrusion d’autres cultures appartenant à des étages plus élevés dans la spirale, elles rompent facilement les équilibres qu’elles avaient réussi à maintenir jusque là. On le voit par exemple en Amazonie, en Asie du sud-est et dans la majorité de l’Afrique.

Quand ces systèmes Pourpres sont contaminés par l’impulsivité Rouge ou la vision à court terme Orange, les forêts sont détruites par la politique agricole des brûlots ou rasées pour être revendus en bois de chauffage. On remplace les cultures diverses par une seule à haut rendement, la faune sauvage est chassée pour sa viande ou pour l’argent que rapportera la vente des fourrures, pattes, cornes etc. On tue un tigre pour revendre sa fourrure, un éléphant pour ses cornes, ou un gorille pour ses mains, vendues pour faire des cendriers originaux. Le produit de la vente permettra d’acheter ce que l’on ne peut plus faire pousser par soi-même…

La sauvegarde des espèces en voie de disparition ou le respect de la diversité biologique restent des abstractions à ce niveau, en comparaison de besoins tels que nourrir la famille ou acheter une télévision une plus grande pour le village…

Phase de sortie du Pourpre au Rouge

Voici les principaux facteurs qui enclenchent le passage du Pourpre au niveau suivant :

– La compétition naturelle pour les créneaux les plus riches amène les différents groupes Pourpres à s’affronter. Il semble historiquement impossible à des groupes de tailles à peu près égale de partager longtemps le même territoire. Quelle qu’en soit la raison, il arrive toujours un moment ou l’un groupe tente de dominer l’autre et active le processus d’ascension de la spirale.

– Une plus grande ouverture au monde révèle le peu de fondement de certaines des superstitions et met en difficulté la crédibilité des leaders Pourpres.

– La satisfaction des besoins de sécurité et de protection prépare le terrain pour un nouveau changement.

– Le besoin d’autonomie personnelle menace l’ordre jusqu’alors bien établi de la tribu. Pour garder le niveau Pourpre sous contrôle, les leaders font appel à encore plus de tradition et de rituels et à la politique du bouc émissaire pour exclure ceux qui ne sont plus d’accord.

– Dans la phase de transition du Pourpre au Rouge, une personne commence à penser en terme d’action personnelle (l’ego fait ici son apparition).

L’individu détecte de plus en plus de failles dans le comportement des « leaders » (Le père et la mère ne sont plus infaillibles) et en arrive à la conclusion que les esprits ne sont finalement pas si puissants et qu’on peut même peut être les contrôler.

Avec l’émergence du Rouge, l’idée que l’individu peut influencer le monde se développe de plus en plus. On commence à voir se répandre le culte de la personnalité. Chez l’enfant, ce stade correspond à l’apparition de l’ego et au développement de la confiance en soi.

Qu’il se manifeste de façon positive ou négative, l’émergence du Rouge pour un individu ou une société marque l’apparition du pouvoir personnel, piédestal d’où il devient possible de crier :  » J’existe ! « …

 

Rouge : le vMème égocentrique

 Caractéristiques principales :

– Dans un monde divisé entre les dominants et les dominés, il est préférable d’appartenir au premier groupe.

– Etre respecté, défendre sa réputation et éviter d’être en position de faiblesse sont des priorités.

– Satisfaire impulsivement ses désirs sans se soucier des conséquences.

– Eviter toute contrainte.

A la source du vMème Rouge : les conditions de vie VC 3

 » La vie est une jungle. C’est la survie du plus fort. Je sur un dur et je m’attends à ce que les autres le soient aussi. Je peux plier les évènements à ma volonté.

Etre respecté et perçu comme puissant sont prioritaires. Je fais ce qu’il faut pour éviter de perdre la face et ne pas être humilié. Je suis peu accessible au remord et à la culpabilité. Rien ni personne ne peut se mettre en travers de mon chemin. J’ai bien l’intention de faire ce que je veux pour satisfaire mes désirs et mes besoins. Je ne m’inquiète pas pour l’avenir. Je profite du présent. Je suis comme je suis, je vis comme je veux, et ç’est moi que çà regarde.

Apparition du vMème Rouge

Les habitudes claniques et communautaires du Pourpre apportent la sécurité au groupe par rapport à son environnement. Une fois ce problème résolu, le vMème perd un peu de sa magie et du contrôle qu’il exerçait par la peur. Il génère de plus en plus d’individus indépendants qui partent explorer le monde et qui, pour çà, se transforment en guerriers.

Le Rouge est le premier vMème a être résolument individualiste.

Au premier regard, il semble impulsif, sauvage. Pourtant il est aussi libérateur et créatif. C’est avec lui- et grâce à lui- qu’apparaît pour la première fois l’intention de ne pas seulement s’adapter au monde et le subir, mais la volonté de le transformer, de le façonner selon un projet.

Dans l’histoire humaine, les périodes à dominance Rouge ont vu l’apparition des seigneurs de la guerre et la construction des empires, le développement de l’exploration de la planète et de l’exploitation (colonialisme) et les différentes tentatives de conquête de la nature.

Le Rouge résiste de toutes ses forces à toute tentative de contrôle qu’on voudrait exercer sur lui. Quand il ne peut s’y soustraire, il entre dans la colère, réfléchit en termes de vengeance et peut devenir violent.

Dans son aspect positif, il contribue de façon importante à la collectivité grâce à ses talents de leader et son courage, qu’il sait aussi mettre au service des autres quand il est bien développé. Il aide le groupe à se défaire de traditions trop contraignantes et lui insuffle beaucoup d’énergie.

 Caractéristiques de ce niveau :

. Du dieu magique au dieu violent

Alors que le Pourpre exprimait la plus grande révérence vis à vis de la Terre, le vMème Rouge tend quant à lui à entrer en compétition avec celle-ci (franchir les rapides, escalader la montagne, maîtriser la mer, survivre dans désert…). La référence à la magie demeure, mais surtout comme moyen de contrôle sur le peuple.

Les traditions ancestrales deviennent des épopées héroïques parlant d’ennemis vaincus et d’exploits surhumains. Sur le plan religieux, l’au-delà Rouge devient plus organisé qu’en phase Pourpre, et donne par exemple le Walhalla des Vikings ou le panthéon olympien des Grecs. Les dieux acquièrent des traits humains. Ils sont exigeants, jaloux, sans pitié… Les divinités Rouges constituent l’essentiel des dieux de l’hindouisme, ou de ceux que vénéraient les Aztèques.

. Du consensus à la domination

Les leaders Pourpres recherchaient le consensus et essayaient d’harmoniser le groupe. Avec l’intensification du Rouge, de fortes individualités émergent et prennent un contrôle unilatéral ( » L’état, c’est moi ! « ) qui s’exerce par le biais d’une structure hiérarchique pyramidale du type  » chefferie  » : une cascade qui va du grand chef aux divers petits chefs, chacun contrôlant le niveau qui lui est propre.

Le vMème Rouge utilise préférentiellement le charisme pour imposer sa volonté et si celui ci ne suffit pas, l’intimidation, voire la violence, sans la moindre culpabilité.

Le monde Rouge va percevoir la réalité à travers le filtre dominant/dominé, un monde de victimes et de prédateurs dans lequel les groupes ont tendance à se fragmenter et où l’aspect relationnel et la considération pour les autres deviennent secondaires.

. Ce vMème est en chacun de nous

Le Rouge est un élément normal et important du répertoire humain. Chez l’enfant, le passage du Pourpre au Rouge se situe entre trois et cinq ans. Jusqu’à ce que des moyens acceptables d’expression de ce vMème se développent, des comportements belliqueux ou des cauchemars sont souvent présents.

En plus de la magie Pourpre, la littérature enfantine abonde en loups, sorcières, monstres et autres méchants cachés dans les placards. La télévision et les jeux vidéos font aussi beaucoup appel à des personnages de ce type parce qu’il est facile de s’identifier à eux, positivement quand il s’agit du héros (type guerrier invincible) ou contre, quand il s’agit du méchant. Les méchants tels qu’on les trouve, par exemple, dans les James Bond sont clairement du type Rouge.

Une tendance Rouge assez marquée apparaît souvent aussi au moment de la puberté et de la révolte qui l’accompagne souvent. Certaines personnes resteront toute leur vie à ce stade, marquée par une révolte à l’égard des contraintes.

Si des parents trop autoritaires répriment les premières expressions de rébellion et d’indépendance de l’enfant, ils peuvent le bloquer à ce niveau et créer un stock de colère suffisant de colère pour occuper une vie entière par la suite… Par différence, une personne pleinement fonctionnelle va apprendre à surmonter les obstacles, gérer de façon saine son pouvoir personnel et se confronter à ses peurs. Devenir un adulte responsable suppose qu’on ait appris à dominer cette dimension impulsive qui est en nous et à savoir l’utiliser de façon constructive. C’est la tâche d’apprentissage qui nous attend, quand enfant nous abordons ce stade.

A l’autre bout du continuum, des parents qui couvent trop leurs enfants vont empêcher ceux-ci de développer toutes les ressources saines qui font parties de ce niveau: apprendre à tenir debout tout seul et s’affirmer face au monde extérieur.

. Blâme les autres:  » Ce n’est pas de ma faute ! « 

La plupart des personnes fonctionnant au niveau Rouge tendent à rendre les autres ou les circonstances responsables de leurs échecs. Dans d’autres cas, la variante consiste à imputer la faute à une force supérieure ou au manque de chance. Incapable de prévoir ou de planifier sur le long terme, les Rouges sont rarement prévoyants et ont même parfois du mal à tenir leurs engagements quotidiens.

. Besoin de grandiose

Le niveau rouge est placé sous le signe de la volonté de puissance Les besoins de ce vMème incluent la séparation d’avec le clan, l’exercice d’un contrôle indépendant, et le besoin de se tester soi-même en situation d’opposition avec les autres pour établir sa domination.

Ce mode de pensée Rouge est égocentrique et ne connaît pas la censure. Le Rouge revendique son pouvoir et considère que ses actions devraient constituer la norme (« c’est mon avis et je le partage « ) ce dernier point étant renforcé par le peu de cas qu’il fait de l’opinion d’autrui. Il fonctionne selon  » sa  » loi (et à ce niveau, la loi du plus fort est toujours la meilleure).

La disgrâce et la peur de perdre la face font parties de ses craintes majeures. Dans la version guerrière, plutôt une mort glorieuse qu’un échec humiliant.

L’ego souvent surdimensionné de la personne qui vit au niveau Rouge peut l’amener à se mettre en danger à cause de croyances de type :  » Je ne suis pas comme les autres… Je suis invincible… », comme certains de ces jeunes conducteurs qui viennent d’avoir leur permis et qui, pour peu qu’ils aient un véhicule puissant, se sentent invincibles au volant.

Certain Rouges, du type dur à cuire, étonnent aussi souvent par leur endurance et leur résistance à la douleur physique. Sur le plan des neurotransmetteurs, il semble qu’il y ait un accroissement de l’endorphine, qui modifie la chimie du cerveau.

Quand cet accroissement est cumulé avec une montée d’adrénaline, il permet de mieux comprendre pourquoi certains soldats continuent à accomplir leur mission même après avoir reçu une blessure grave. On le voit aussi dans le domaine des sports extrêmes. De façon générale le Rouge est une des composantes de la mentalité sportive, dans laquelle il peut trouver des façons positives ou non de s’exprimer.

. Jungle urbaine

La majorité des personnes pauvres vivant en zone urbaine évoluent dans un milieu Rouge à tendance malsaine. Le foyer, le voisinage, voire même les écoles peuvent être dangereuses. Dans ces conditions de vie CV 3, les agressions, la vente de drogues peuvent être des comportements normaux pour ceux qui ne disposent que du filtre Rouge pour décrypter le monde, et dont les repères Pourpres sont ceux du gang quand il n’y a plus de famille pour assurer ce rôle.

Être le meilleur vendeur de drogue du quartier peut devenir un critère de succès.

Quand des familles de type Pourpre se défont et qu’aucune autre communauté n’est en mesure de prendre le relais, le Rouge malsain surgit presque immanquablement, et ni les sermons ni la prison ne sont à même de résoudre ces problèmes. Des structures Pourpre alternatives (équipes sportives, familles d’accueil, organisme de prise en charge des enfants…) sont une première étape.

La seconde est réalisée par certains programmes permettant le passage d’un comportement Rouge malsain à une expression saine de celui-ci (discipline des arts martiaux, intégration des jeunes à la vie collective locale…).

Quand on peut satisfaire les besoins d’appartenance Pourpre et aider une personne à passer du Rouge négatif au Rouge positif, alors apparaissent pour elles des questions auxquelles seul le niveau Bleu pourra apporter des réponses.

Dans des conditions de vie CV 3, il est normal d’être un dur et d’être craint : dans certaines banlieues, apporter la preuve de nombreuses interpellations, c’est apporter la preuve que l’on est un combattant et qu’on ne se laisse pas marcher sur les pieds.

. La loi, c’est pour les autres

Le Rouge malsain n’apprend pas de la punition parce qu¹ il ne relie pas ses actes à leurs conséquences, que la culpabilité lui est inconnue et que c’est la faute des autres s’il y a des problèmes.

La question qui l’intéresse est d’abord  » Qu’est-ce que çà peut m’apporter maintenant ? « . S’il n’y a pas de bénéfice immédiat à la clé, il ne sera pas porté à se remettre en question et aucun changement ne se produira. Du conditionnement direct à la Skinner marche souvent bien avec les Rouges pour modifier des comportements inappropriés. Faire du donnant/donnant : tu fais çà, je te donne çà, et à partir de là remonter en Rouge positif, puis en Bleu.

La version malsaine du Rouge donne en psychologie les profils psychopathes ou sociopathes, qui à l’occasion conduisent à la prison.

Dans cette optique, l’emprisonnement est une réponse Bleue apportée à un comportement Rouge devenu ingérable (l’Orange, quant à lui, a transformé ces dernières années la construction d’établissements pénitentiaire en industrie très lucrative et le Vert dénonce le fait que la prison n’est souvent que la reproduction, version institutionnelle, des conditions de vie CV 3 et milite pour une humanisation du milieu carcéral).

Notons que les comportements déviants de ce type ne sont pas l’apanage du délinquant de banlieue. L’actualité abonde d’histoires concernant des personnes placées aux plus hauts niveaux de l’état, ou dirigeants des empires de presse ou industriels qui fonctionnent de cette façon.

. Une société manichéenne

Une société Rouge est constituée d’un nombre restreint de personnes qui détiennent le pouvoir et d’une majorité qui le subit. La minorité dominante s’arrange pour garder le pouvoir en maintenant les gens en situation de précarité, ce qui les rend plus facilement contrôlables, tout en leur faisant miroiter une lueur d’espoir quand à l’amélioration future de leurs conditions de vie.

Dans ces systèmes, le comportement des personnes Rouges qui ne sont pas en situation dominante est souvent clandestin et déviant. Ils reproduisent à leur échelle ce qu’ils subissent eux-mêmes à l’échelle supérieure (le syndrome du petit chef).

Les organisations et cultures considèrent le pot-de-vin comme une façon normale de faire du business. Ce que d’autres appellent corruption, violence morale ou manipulation est un mode de fonctionnement classique en phase Rouge ascendante. A ce niveau, l’altruisme fait place au favoritisme. L’argent tient une place prépondérante.

. Phase de sortie du rouge vers le Bleu

En fin de phase rouge, la culpabilité commence à apparaître et bien que le vMème s’accroche encore à sa domination déclinante, il réalise que de nouveaux problèmes apparaissent et ne peuvent être résolus en faisant simplement plus de la même chose.

Le polythéisme Pourpre et l’idolâtrie Rouge commencent à disparaître. On doit obéir à la Loi. Des règles formelles et des obligations morales commencent à apparaître qui font peu à peu place aux demandes arbitraires qui prévalaient jusque là.

Au niveau historique et social, quand ce moment arrive, les élites en place tentent souvent de rattraper le coup en imposant par la force leur version de la morale et de l’ordre pour répondre aux conditions de vie CV 4 qui émergent. C’est une sorte de phase charnière entre Rouge et Bleu. Ce système est alors imposé aux masses selon le principe qui veut qu’on le fasse  » pour leur bien ». Il laisse généralement peu de place au débat et à la réplique.

Avec l’apparition du Bleu, l’idée est de sortir de l’arbitraire, de la violence et du chacun pour soi de la phase précédente en imposant un ordre moral. Certaines personnes commencent à rationaliser les actions de la société en édictant des lois. Elles vont se donner pour mission de guider les autres et prendre la responsabilité morale des groupes, en maniant tantôt le bâton, tantôt la carotte.

Cette nouvelle quête, qui forme l’essence même du Bleu consistera à assurer l’obéissance de la collectivité à un principe moral supérieur absolu…

 

Bleu : le vMème légaliste

Caractéristiques principales :

– Attribue un but et un sens à l’existence, donnés de l’extérieur.

– Se sacrifie pour ses convictions.

– Tente d’apporter ordre et stabilité à chaque chose.

– Utilise la culpabilité pour contrôler son impulsivité.

– Défend les principes d’une vie juste.

– Pense qu’un plan divin assigne les personnes à la place qu’elles occupent.

 A la source du Bleu, les conditions de vie CV 4

« Une force supérieure guide / contrôle le monde et détermine notre destin. La vérité que détient cette force donne une structure et un ordre à la vie ici bas et régit également le monde de l’au-delà. Ma vie a un sens qui lui est donné par la foi en ma rédemption. Je suis la Voie qui me conduira à cette entité supérieure (cette entité toute puissante peut prendre une forme explicitement religieuse ou non -la Cause, le Parti…). Je me bats pour ce qui est juste et bon et j’obéis aux directives de l’Autorité Supérieure. Je sacrifie volontairement mes désirs présents au profit de mon salut éternel. »

Phase d’entrée en zone Bleue

A la fin de la période Rouge, nous avions commencé à voir apparaître un sentiment de culpabilité et une perception plus nette des conséquences de nos actes. Ces tendances se confirment avec l’arrivée du Bleu. L’autre est désormais considéré comme un être humain à part entière, avec ses droits et sa valeur intrinsèque et le monde semble de plus en plus civilisé, avec cependant une restriction : nous ne sommes pas tous égaux.

La vision du monde Bleue produit beaucoup de « contrôleurs » dont le rôle est de séparer le bien du mal. Alors que le Rouge éliminait purement et simplement ceux qu’il considérait comme mauvais, le Bleu s’emploie à créer un cadre de justice et d’ordre, et au niveau collectif utilise la culpabilité pour y parvenir.

Ce vMème apparaît pour stabiliser les rivalités tumultueuses du niveau Rouge, en subordonnant les ego individuels à une autorité supérieure perçue comme beaucoup plus forte. Comment espérer mieux contrôler les barbares, les seigneurs de la guerre et autres mercenaires, que par la peur d’un dieu vengeur au pouvoir absolu qui pourrait bien les expédier dans un enfer terrifiant ou, au contraire, leur assurer une vie éternelle parmi les anges ?

Ce vMème opère un contrôle intrinsèque plutôt qu’extrinsèque. On considère comme vertueux la contrainte morale et mourir pour une cause juste devient acceptable, voire désirable.

Alors que le Bleu se met en place, l’attitude de pénitence devient la norme.

Accomplir son devoir est une source profonde de satisfaction, comme l’est le fait de subordonner les plaisirs terrestres à la quête d’une place de choix dans l’au-delà.

L’élimination des pensées impures et la conversion de ceux qui sont dans l’erreur est l’une des motivations les plus puissantes du niveau Bleu. On retrouve là la principale source – qui peut s’exprimer de façon positive ou négative – du militantisme et de ses opinions souvent bien tranchées (promouvoir la Cause, défendre la foi en celle-ci et convertir les autres à sa vision du

bien…).

Au niveau de l’enfance, l’apparition du Bleu marque le début des interrogations concernant le bien et le mal, le juste et l’injuste et le fait de se tourner vers l’autorité pour résoudre les problèmes (« Demande au professeur ! »). Elle permet l’intégration d’une conscience morale, qui peut se faire de façon saine ou non, selon le milieu dans lequel vit l’enfant.

Phase paroxysmique

Quand le vMème Bleu est bien en place, les notions d’un but supérieur et d’un sens de la vie donné par une autorité extérieure transcendante sont très importantes.

Quand il apparaît, ce vMème donne le sentiment de remettre les compteurs à zéro et de permettre un nouveau départ. On se défait alors des habitudes passées et on commence à générer du sens à partir de nouveaux critères, généralement ceux d’une mission et d’un rôle actif à tenir dans une communauté. « J’étais perdu, et je me suis retrouvé depuis que je suis…. (nouveau chrétien, musulman, communiste, hare Krishna, énarque…). Quelle que soit la forme que va prendre ce niveau Bleu, la dimension psychologique qui lui est propre modifie profondément la vie des personnes concernées.

Quand vous avez affaire au Bleu, il est particulièrement important de différencier le contenant du contenu : la vision du monde de base propre à ce niveau, par opposition à la forme que cette vision peut prendre. Il existe par exemple des fondamentalistes chrétiens et des militants de l’athéisme qui agissent peu ou prou de la même manière.

Apporter l’ordre au chaos et la structure à l’anarchie

Les conditions de vie CV 4 poussent les gens à rechercher l’ordre plutôt que l’anarchie et une raison à leur malaise et à leur souffrance. Quand ce vMème arrive, les individus acceptent souvent avec soulagement, dans un premier temps, le système autoritaire qui se met en place, pensant qu’il permettra de repartir à zéro. C’est souvent, historiquement, le moment ou de nouvelles sources de sagesse et de vérité révélées font leur apparition (faisant écho au mysticisme et aux symboles du niveau Pourpre).

Puis, la vérité unique issue du Bleu acquière une vie qui lui est propre.

L’obéissance à son autorité a beaucoup d’influence sur la vie de la société. Cela consiste, entre autres, à assigner à chacun la place qui lui est due (castes, grades, niveau d’ancienneté, nomenclature du parti, rang militaire…). Toute cette organisation confère une très grande stabilité au niveau Bleu. A ce niveau, les attentes du système définissent ce qui et bien ou mal. Les priorités des individus passent du « je » au « nous », de l’expression d’un désir individuel au sacrifice de soi pour le bien commun.

On attend de chacun qu’il connaisse sa place, qu’il y reste, qu’il s’attache à réaliser son travail et montre qu’il est satisfait de son sort.

La mentalité Bleue

Le Bleu est souvent considéré comme rigide et dogmatique. Il existe une Vérité et elle ne laisse pas place à l’interprétation. La personne continue à répéter la même chose de façon à prouver que c’est vrai. Beaucoup de fondamentalismes et d’orthodoxies sont arc-boutées sur cette position.

La culpabilité dans la vision du monde Bleue est intégrée comme une routine faisant partie de la vie.

L’exercice de l’autorité juste

Le plaisir de la vie chez le bleu vient du fait de servir « la voie » et d’obéir à ses préceptes. En fournissant des croyances religieuses ou politiques vécues comme des vérités absolues et éternelles, le niveau Bleu est très utile pour permettre à de nombreuses personnes de donner un sens à leur vie. En offrant des vérités et des certitudes, il donne des points d’appui sur lesquels amarrer leur vie, leur moralité, leur éthique, leur civisme…

Dans sa version saine, c’est l’un des apports du Bleu : permettre à une personne de ne pas fonctionner uniquement sur la base de ses intérêts personnels ou de ses impulsions du moment, mais de se construire autour de valeurs fortes qui seront autant de points d’ancrage pour s’orienter dans sa vie.

Une société Bleu de ce type, dans sa version saine, sera souvent perçue de l’extérieur comme une société conservatrice qui s’appuie sur des valeurs traditionnelles. Elle contribue à la construction d’ensemble de la spirale en donnant de la stabilité à celle-ci.

Dans sa version malsaine, on se trouvera face à une société totalitaire et persécutrice, généralement au nom d’un idéal religieux ou politique. Le thème du combat du Bien contre le Mal devient obsessionnel et on traque inlassablement la déviance et l’impureté. Quand il a lieu dans la tête, ce combat intérieur consiste à lutter contre les pensées impures (généralement sexuelles).

Quand il est s’étend à la société, il consiste à faire la chasse à la différence, l’impureté, la déviance etc., le tout sous couvert de morale.

Le fanatisme religieux des Talibans d’Afghanistan en donne actuellement un exemple. L’une des premières mesures, hautement symbolique, décidée par les fanatiques religieux au pouvoir a été d’instaurer un ministère, dont le nom à lui seul donne le ton : « Le ministère de la propagation de la Vertu et de la punition du Vice » dont la principale activité consiste en fait à persécuter les femmes, toute forme de pensée démocratique et toute religion différente.

Dans les sociétés de ce type, chaque citoyen est un coupable en puissance qui vit dans la peur de violer une règle et d’être puni pour çà.

Au niveau géopolitique, l’Algérie et le sud du Mexique sont actuellement dans cette phase de fin de Rouge et d’entrée dans le Bleu.

A l’inverse d’un niveau Bleu sain qui stabilise la spirale, cette version pathologique est dangereuse pour l’ensemble de la construction car c’est le niveau des absolus, de l’idéalisme et des grandes idéologies, qui ne laissent pas de place pour les compromis et la modération. La « Vérité » passe avant la raison. Peu importe de mourir (ou de tuer les autres, de préférence) pour autant que le Bien triomphe.

Les personnes en excès de Bleu ont tendance à être dans le jugement plutôt que la compassion, ce qui peut se manifester par une priorité donnée à la détection et à la punition des fautes, plutôt qu’à la recherche des points positifs. En excès de Bleu, une personne qui s’assigne une tache ou en donne une aux autres, ne sera satisfaite que si la perfection est atteinte, et encore…

Une raison et un but

Tout dans le Bleu a un but, une place et une raison d’être. Il existe un grand dessein derrière l’existence et une raison d’être à chaque événement, même si nous ne sont pas en mesure de les percevoir. L’autorité suprême reste toujours vigilante et attribue bons et mauvais points. La récompense ultime nous attend, en fonction de nos mérites respectifs.

De par cette dimension perçue comme éternelle, ce vMème considère qu’il a le temps pour lui car il pense que dans le long terme, sa vision finira de toute façon par prévaloir, ce qui le rend généralement plus patient que les autres niveaux.

Ainsi, Nikita Kroutchev qui en son temps disait aux dirigeants des pays capitalistes « Nous vous enterrerons » ( à comprendre dans le sens : nous serons là plus longtemps que vous).

Les idéologues ont foi en leurs croyances et en la victoire inévitable de leur version de la vérité. L’écroulement de celle-ci les prend souvent de cours. Les doctrines Bleues sont généralement compilées dans des livres, car le langage écrit fait partie de l’intelligence de ce vMème. Le savoir moral, religieux ou idéologique est mis en forme de façon durable et précise, dépassant de loin le manque de détails et la fragilité de la tradition orale du Pourpre. Le Bleu est actif dans la diffusion des grands livres saints, porteurs du patrimoine spirituel de l’humanité, ou des petits livres rouges, tracts et manifestes qui proposent leur propre version du salut.

Il est intéressant de remarquer que quand le vMème Rouge s’attaque à des systèmes Bleus, il commence souvent par saccager les bibliothèques, brûler les livres et détruire les lieux et les objets de culte de celui-ci, pour saper les points de repère moraux et spirituels de la société qu’il veut conquérir.

Quand des idéologies Bleues se combattent entre elles, elles agissent plutôt de manière sélective, en utilisant la censure, en re-écrivant l’histoire, en interprétant les faits de la façon la plus orientée possible et en poursuivant les hérésies.

Amis ou ennemis?

Les groupes Bleus sont très sélectifs dans le choix de leurs amis. Les proches partagent généralement les mêmes croyances, la même religion et les mêmes opinions politiques. Au niveau des affaires, on retrouve des liaisons de type Bleu dans les associations économiques à caractère religieux ou fraternel

De nos jours, le marché du diamant fonctionne principalement sur un mode Bleu (avec quelques doses de Orange) et au Texas ou en Arabie, une poignée de main peut suffire pour concrétiser un contrat pétrolier.

Si les Bleus ont peu d’intimes, ils leur prouvent la confiance qu’ils leur portent à maintes occasions. Le cercle intime est très restreint mais, selon des critères bleus, sûr et de grande qualité.

Chaque chose et chacun à sa place

Dans un mode de fonctionnement Bleu, la structure est très importante, tout comme l’est le fait d’avoir une perception claire des conséquences de nos actes.

Les vœux et les promesses sont inviolables et le code d’honneur primordial. Le sens de la valeur personnelle provient en grande partie d’évaluations extérieures faites par l’autorité. Tout se mérite. Des avantages qui seraient perçus comme non mérités génèrent de la culpabilité et sont démotivant. Trop de liberté et l’absence d’une direction clairement exprimée par un leader ou une

institution forte, sont également une source importante de stress chez les Bleus.

Le code vestimentaire, les règles de langages et de bienséance sont aussi définis de façon stricte.

Phase de sortie du Bleu vers le Orange.

Le Bleu a stabilisé le monde Rouge et apporte un ordre sur lequel on peut compter. Pendant la phase de passage du Bleu au Orange, on commence de façon prudente à opérer un retour progressif vers la pensée indépendante. Le Bleu « pur jus » était soumis à l’autorité et n’existait que pour y obéir.

Désormais, on assiste à un passage de cette acceptation passive à un contrôle personnel plus important sur les choix de vie, et parfois même à une remise en cause de la légitimité de l’autorité.

Il n’y a pas encore à proprement parler de possibilité de dévier de la croyance principale, mais il n’existe plus de standard universel. Au lieu de cela, des débats sémantiques et pointilleux commencent à avoir lieu sur des points de détails (et presque jamais sur les dogmes principaux…) créant des factions qui s’éloignent les unes des autres.

Dans cette période, le besoin de se soumettre à une autorité supérieure est encore présent, mais apparaît également un souhait d’exprimer son propre avis. Cette tendance de plus en plus nette, augmente peu à peu le degré d’autonomie de l’individu.

La personne peut continuer à effectuer ce que l’autorité lui demande d’accomplir, mais elle commence à envisager de le faire à sa propre façon, selon sa propre sensibilité.

Le manque de liberté qui prévalait sous la domination du Bleu entraîne de plus en plus de frustrations, qui provoquent à leur tour l’apparition de traits caractéristiques du Orange : l’indépendance, la perception de sa compétence personnelle et le désir de prendre sa vie en charge lui-même…

Orange : le vMème stratégique

Caractéristiques principales :

– Se bat pour son autonomie et son indépendance.

– Cherche l’abondance matérielle et la réussite sociale.

– Progresse en cherchant les meilleures solutions.

– Améliore sa vie au travers de la science et de la technologie.

– Joue pour gagner et aime la compétition.

– Apprend grâce à l’expérience et sait tirer partie de ses échecs.

A la source du Orange : les conditions de vie CV 5

« Je veux accomplir, gagner et réussir ma vie. Le monde est plein d’opportunités pour ceux qui savent les saisir et prendre des risques calculés. Rien n’est « sûr » mais si je sais tirer partie de mes qualités, je saurai déterminer les meilleurs choix pour moi. Je crois en moi avant tout, et mes actions découlent de cette grande confiance en mes capacités. Je n’ai pas de raisons d’accepter des règles ou des structures contraignantes, si celles-ci m’empêchent de progresser.

C’est l’expérience et la pratique, plutôt que les systèmes extérieurs qui me permettent d’avancer et d’améliorer les choses, pour moi et pour les autres. J’ai la volonté d’entreprendre. Je m’informe, je bâtis des plans stratégiques et je pars en quête de la réussite et de l’excellence. »

Phase d’entrée dans le Orange

Dans le contexte historique européen, l’apparition du vMème Orange correspond à la Renaissance, à la sortie du Moyen Âge. Le vieux monde (Bleu) et ses sacrements, ses structures sociales rigides, avait lui-même planté les graines qui allaient bientôt menacer ses propres fondations. Cinq forces mises en mouvement à cette époque, il y a maintenant cinq ou six siècles, continuent encore aujourd’hui à renforcer la zone Orange :

  1. L’économie de marché
  2. Une philosophie politique utilitaire (concept de l’état nation)
  3. Une place toujours plus grande réservée à la science
  4. La popularisation de la technologie
  5. La montée en puissance de la notion d’individualité (droits de l’homme…)

Avec son apparition, ce vMème génère une nouvelle entité : la classe moyenne, située entre les pauvres et les riches, entre ceux qui commandent et ceux qui obéissent. Il est désormais possible de faire son chemin, sans être entièrement déterminé par ses origines ou son environnement. Dans le monde Orange, chacun peut désormais acquérir un peu de pouvoir sous une forme ou une autre. L’Orange émergeant porte en lui un sens du pouvoir personnel dérivé de l’intelligence Rouge et l’importance d’une existence ayant un but, dérivée de l’intelligence Bleue. Du Rouge, il hérite également le désir de faire par soi-même et selon sa volonté propre. Cependant, ce désir est désormais tempéré par la connaissance des règles acquise au niveau Bleu, ainsi que par la capacité à lutter contre ses impulsions, donnée par la recherche de sens. Grâce à ces 2 composantes, le vMème Orange s’est répandu sur la plus grande partie de la planète, aidé par les médias de masse.

Le niveau Orange est aujourd’hui le niveau le plus répandu et le plus puissant sur la planète.

En phase de transition du Bleu à Orange, ce dernier montre encore du respect vis-à-vis de l’autorité, mais s’y soumet de moins en moins quand celle-ci n’a pas de pouvoir direct sur lui. La personne commence à manifester un rejet de plus en plus grand de l’autorité. Peu à peu, les confrontations deviennent de plus en plus fortes et les contestations apparaissent, dégénérant généralement en un rapport de force qui déterminera qui aura le dernier mot.

En fait, la plupart des comportements de ce vMème sont des réminiscences de l’extrême confiance en soi du Rouge. Mais le passage en Bleu en aura « arrondi les angles », surtout ceux de l’agressivité qui est peu à peu remplacée par une capacité accrue à aborder la vie et les relations humaines de manière stratégique plutôt que frontale..

Ces ajustements sont la raison pour laquelle le passage en Bleu est essentiel pour aider le Rouge à évoluer le long de la spirale, en particulier au niveau individuel, dans le développement de l’enfant.

Si ce passage par le Bleu ne se fait pas, ou mal, il se peut que la patience, la responsabilisation, la notion d’éthique et la perception des conséquences soient par la suite déficientes chez l’adolescent et donc chez l’adulte plus tard. C’est le cas de la personne qui se trouvera plus tard,

de façon répétitive, confronté à la Loi « « extérieure », à défaut d’avoir intégré à temps une loi intérieure qui lui permette d’être clair sur le sens des limites et de la responsabilité personnelle.

Au niveau collectif, un autre aspect de ce passage du Bleu à Orange est marqué par l’accès des masses à plus de connaissances. Alors que celle-ci était auparavant détenue et interprétée par une classe cléricale dirigeante, la production et la distribution de masse mettent à disposition de la majorité le contenu des textes sacrés, puis d’autres types de textes. Les gens se mettent à

lire et deviennent de plus en plus friands d’informations.

Sans surprise, la phase de passage du Bleu au Orange est une période étayée par la diffusion de l’écrit ou des nouveaux supports existants aujourd’hui : cassettes audio et vidéo, Internet…

Pour revenir au temps présent, des rayons entiers de livres, de magazines, de cassettes audio ou vidéo sont consacrées au développement personnel et à l’apprentissage.

Dans ce domaine, le niveau Orange est caractérisé par un créneau spécifique très développé aux Etats-Unis -et apparu maintenant depuis quelques années en Europe : celui de la pensée positive et des ouvrages ou séminaires qui proposent les « formules » du succès, typiquement oranges.

Cette autonomie de pensée fait également vaciller l’immobilisme social des sociétés Bleues : on n’a plus seulement à se contenter de la place qui nous était auparavant « destinée ». Quand ils s’affranchissent de la couche Bleue certains régressent au niveau Rouge dans une dynamique de colère vengeresse, mais la plupart évoluent vers des aspirations Oranges.

Bien que le ton général de ce niveau soit à l’acquisition de l’autonomie individuelle, la course au succès et la réussite matérielle y est si forte que les Oranges ont souvent besoin autour d’elles de personnes sur lesquelles rejeter les fautes au cas où (héritage du Rouge). On le voit dans les entreprises très Oranges, où la façon de déléguer la responsabilité des problèmes en amont ou en

aval (à ses supérieurs ou à ses subordonnés) est élevée au rang d’un art.

L’élitisme du niveau Orange génère aussi une distance accrue entre les individus. Quand vous êtes trop proches, vous êtes vulnérable émotionnellement.

La fameuse intelligence émotionnelle dont on parle tant depuis quelques années commence à peine à faire son apparition dans le monde de l’entreprise (avec l’apparition du niveau Vert). Jusque là, dans la couche Orange les émotions sont plutôt perçues comme un obstacle à la réussite sociale – du type « on ne fait pas de sentiment en affaire…on est des killers, etc. ».

Le zèle compétitif du Orange est bien connu. Dans sa version caricaturale, il débouche sur une vision à la Dallas des relations humaines.

Caractéristiques principales :

. Le changement comme caractéristique de base de la vie

Alors que la pensée Bleue était absolutiste (une seule et unique voie possible) et induisait un modèle de société statique qui laisse peu de place à l’évolution personnelle, l’Orange ouvre le champ :

Chaque individu peut évoluer, s’améliorer et progresser vers son potentiel optimal si tel est son désir, et l’accélération exceptionnelle de la science et de la technologie accélère le mouvement en démocratisant l’accès au confort matériel.

. L’autorité appartient à ceux qui ont les capacités intellectuelles et le sens

de l’action

L’Orange pense en termes de possibilités. Les opportunités et l’autonomie sont ses maîtres mots. Au-dessus de tout, on attend d’une personne qu’elle assume son individualité, qu’elle soit indépendante et sache se prendre en charge. Le succès tel qu’il est perçu par les Oranges laisse peu de place à la culpabilité, et il n’a ni temps, ni énergie à gaspiller.

Les personnes fonctionnant à ce niveau peuvent sembler matérialistes et possessives. C’est souvent parce que l’argent et les possessions matérielles sont la seule preuve tangible de succès dans un monde Orange.

. On attend de chacun qu’il soit un battant

L’intelligence de type cerveau gauche est très valorisée. On analyse, on déduit, on fait des synthèses. La vie est perçue comme un ensemble de problèmes à résoudre et de défis à relever. Chaque problème doit être identifié et résolu. Chaque solution se doit d’être optimisée.

Dans l’esprit du orange « pur jus » la réflexion sur les moyens de manipuler les évènements et les personnes qui peuvent contribuer à son ambition, occupe une place importante.

Le niveau Orange est par excellence celui d’une vision matérialiste du monde, avec ce que celle-ci peut apporter de positif et de négatif.

En excès d’Orange, l’efficacité remplace les principes, l’intérêt à court terme remplace la responsabilité à moyen et long terme. La vie est compétition et tout système de pensée est relatif. La flexibilité et la réactivité dans un environnement changeant sont les stratégies les plus prisées. Peu de choses sont sacrées hors les lois du marché, de la croissance et de l’expansion.

Les principes sont peu nombreux et l’éthique passe après la prospérité. Chaque culture invente sa version de ce qu’est une vie réussie et crée les modèles sociaux qui vont avec.

Au niveau Bleu on avait les bons et les méchants, les saints et les pécheurs. Au niveau Orange, apparaissent les gagnants et les perdants. Dans les modèles véhiculés par la pub et les médias, présentant un idéal de réussite, on retrouve là le cadre dynamique, le décideur toujours entre deux

avions, l’entrepreneur prêt à rebondir…

. La vie est une série de challenges, de tests et d’opportunités d’amélioration

Ce vMème produit des personnalités qui savent diriger, aiment le pouvoir, ont le goût de l’action et aiment optimiser les choses pour les rendre plus performantes.

Les Oranges aiment argumenter et les débats sont pour eux une forme de sport. Ils sont sûrs de leurs idées et utilisent chacune de leurs victoires pour les renforcer.

De nouveau, une bonne dose d’Orange sain est indispensable et positive, dans notre société, pour affronter la vie et faire sa place au soleil.

Quand le Orange est en excès, on se trouvera face à des personnes souvent calculatrices, et anxieuses quand ils ne sont pas en position de domination. Dans ce cas, le Orange devient préoccupé – voire obsédé – par la recherche de pouvoirs qui le rendrait supérieur aux autres et lui donnerait un avantage « concurentiel » sur eux. A ce niveau, projeter l’image d’un gagnant devient une activité à part entière.

Le Orange demande souvent du feedback à son entourage, mais en tient très rarement compte, quand les conseils qu’on lui donne vont à l’encontre de ce qu’il avait prévu de faire.

. Allié ou ennemi ?

Dans le business ou la politique, les Oranges utilisent volontiers les métaphores guerrières ou sportives. La vie est une série de manœuvres stratégiques, saupoudrée d’une dose d’espionnage, d’accords secrets, d’alliance et d’alliés, et de goût pour l’intrigue.

La vie est basée sur des ratios coûts / bénéfices. L’idée de payer le prix et prendre quelques coups au passage fait aussi partie du jeu. Les vies Oranges sont souvent intenses, focalisées. Les oranges aiment tester leurs limites et sont portés par l’idée de dépassement de soi. Hors contexte

professionnel, on retrouve ce trait dans leur goût fréquent pour les activités sportives qui sont intenses et qui donnent l’occasion d’être mis en compétition.

. Les humains comme ressources

L’Orange se bat pour gagner et rester en haut de la hiérarchie, quoi qu’il lui en coûte en ulcères, divorces et crises cardiaques !

Il manifeste une chaleur superficielle pour ceux qui lui sont utiles, tant qu’ils le restent. L’Orange a plus souvent des relations que des amis et la loyauté est basée sur l’utilité, pas sur l’obligation morale.

Il ne veut pas s’impliquer émotionnellement. Business is business. Quand les personnes ne sont plus des ressources, elles sont laissées pour compte. La démarche se fait sans cruauté, mais se fait de toute façon.

C’est pourquoi les relations interpersonnelles dans les sociétés Oranges sont souvent superficielles. Le fait de faire confiance aux autres est perçu comme un risque car le Orange se sait lui-même calculateur et projette ce comportement sur les autres. A l’extrême, tout peut finir par tourner autour de sa personne et de son intérêt propre.

. Confiance en soi

Les personnes qui ont un profil Orange apparaissent comme fortes et pleines de ressources. Elles atteignent souvent leurs objectifs. Une bonne dose saine de ce vMème est essentielle pour initier les projets et surmonter les difficultés de la vie.

Il apporte un haut niveau de confiance en soi et une attitude positive qui peuvent être contagieux et par exemple, tirer en avant toute une équipe. C’est principalement à cela que servent la plupart des séminaires de vente, de motivation, de stimulation, d’ « incentive », etc.

Côté négatif, le Orange peut manquer d’éthique, spécialement si les enjeux sont importants. Il peut manquer de scrupules, justifier le mal fait aux autres comme autant de nécessités et rationaliser ses actes. Cela dit, ce vMème ne sera jamais aussi violent que le Rouge, car il perçoit – bien que de façon limitée – les conséquences de ses actes à moyen si ce n’est à long terme.

Le Orange porte en lui la capacité d’agir indépendamment. Et la quête constante de ce vMème pour le changement et les améliorations débouche souvent sur des réformes sociales importantes.

Les décisions sont prises de façon réfléchie, à partir de données quantitatives et de probabilités.

Phase de sortie du Orange au Vert

C’est avec l’intelligence Orange que nous sommes entrés dans les temps modernes. Nous lui devons une amélioration des conditions de vie et un accès à un niveau de confort matériel sans précédant dans l’histoire. Nous lui devons aussi la conquête du droit à la liberté individuelle et la volonté d’explorer le monde et les idées, hors des dogmes rigides qui prévalaient avant lui. Ces acquis sont immenses.

Cependant, ce niveau est aussi la source de conditions de vie assez problématiques, qui à un moment donné conduisent de plus en plus de personnes à se poser des questions sur les limites inhérentes à cette vision du monde.

Cette remise en question, qui dans nos sociétés occidentales a commencé dans les années 60 porte s’exprime de différentes façons convergentes :

. Une remise en question des dérives de l’économie avec le culte du profit pour unique critère, l’accroissement des inégalités, la nouvelle pauvreté, l’affaiblissement des liens sociaux, l’économie « casino » etc.

. Des considérations écologiques : jusqu’où pouvons nous exploiter la planète avant d’en payer les conséquences ?

. Des interrogations philosophiques et spirituelles : Une vision matérialiste de la vie, conçue comme une interminable suite d’actes de consommation suffit –elle pour assurer le bonheur ? Sur quelles valeurs fonder sa vie aujourd’hui ?

. Des interrogations politiques : à quoi sert le gouvernement aujourd’hui ? Quel est son rôle et sa place ? Comment pouvons nous cohabiter avec nos différences et offrir une qualité de vie acceptable au plus grand nombre ? Comment créer ou retrouver des relations plus authentiques avec les autres ?

En phase de sortie du niveau Orange, un sentiment de culpabilité commence à réapparaître et le point de focalisation passe de nouveau du « moi » au « nous ».

Que ce soit l’écologie Bleue / Verte ou les mouvements New Age Pourpre / Vert, le vMème Orange rencontre des détracteurs de plus en plus nombreux et la question du sens de la vie se fait pressante, générant ainsi les conditions de vie CV 6, celle qui vont accompagner le développement du Vert.

La phase de sortie est vécue sur un mode qui reste individualiste, mais la personne commence à développer une perception plus grande des sentiments et des besoins des autres.

Le sentiment de solitude généré par la compétition constante qui règne à ce niveau de la spirale motive également l’Orange à passer à autre chose, pour réduire le stress qu’il encaissait à ce niveau là. La phase de sortie vers le Vert le conduit à un mode de pensée plus relationnel et coopératif.

La personne développe la conscience de ses sentiments, ses désirs et ses valeurs et son empathie à l’égard des autres.

Ce n’est pas par hasard que le concept d’Intelligence Emotionnelle apparaît avec l’émergence du niveau Vert pour contrebalancer la notion d’intelligence « intellectuelle » et cognitive qui régnait au niveau Orange.

Cependant, à cause de l’influence encore importante du Orange, elle peut (en cas de stress intense par exemple) se « rétracter » très rapidement et revenir à des attitudes antérieures et se détourner de ce qui était pour un temps un intérêt authentique.

Certaines personnes, qui sont dans cette phase de transition jouent souvent le rôle du « bon samaritain », vertueux, authentique et sincère, animés d’une réelle intention de tirer les choses vers le haut. Le fait d’intégrer durablement ce niveau peut toutefois donner lieu à une lutte et demander de la ténacité, tant que la personne continue à évoluer au quotidien dans un monde Orange.

D’un point de vue sociologique les Américains évaluent l’importance du niveau Vert à environ 20% de leur population…

 

Vert : le vMème humaniste

Caractéristiques principales :

– Développe l’harmonie et le sens de la communauté

– Partage les ressources plus équitablement

– Valorise les décisions prises par consensus

– Lutte contre l’oppression et les inégalités

– Explore sa dimension intérieure, psychologique et spirituelle et s’intéresse à celle des autres

A la source du Vert – Les conditions de vie CV 6

« L’important est de se connaître, de s’épanouir et de vivre pleinement sa vie. Nous pouvons réussir à mieux nous comprendre et à traiter les autres comme des égaux. Nous sommes reliés les uns aux autres, à la recherche d’amour et de sens. Les groupes sociaux et familiaux, les communautés sociales au sein desquelles nous évoluons sont importantes et nous devons leur donner la priorité. Il est plus intelligent de fonctionner en coopération qu’en compétition.

Les communautés ne peuvent se développer que grâce à la synergie de leurs membres. L’expression des émotions, le lien aux autres, l’évolution personnelle – psychologique et spirituelle – la responsabilité et la justice sociale valent mieux que la compétition, le matérialisme et la religion du profit. Les attitudes et les croyances négatives peuvent se dissoudre si nous regardons en nous et y recherchons la richesse. Oeuvrons pour l’égalité et l’harmonie ».

Phase d’entrée du Orange au Vert

Le vMème Vert apparaît quand les vMèmes Bleus et Oranges approchent de la fin de leur cycle de vie. Avec le Vert, on prend la distance par rapport aux grandes idéologies et on se méfie de tout ce qui emprisonne l’esprit dans des systèmes de croyances rigides, intolérants dominés par des d’idéologies dogmatiques.

Le vMème Vert oppose une forme de relativisme aux certitudes du Bleu et à l’expérimentation de l’Orange.

Bien que ce vMème soit issu du pôle collectiviste (« Nous »), les cloisons sont désormais moins rigides, les systèmes moins hiérarchiques et les règles plus souples, sauf quand elles s’exercent à l’encontre de ceux qui ne pensent pas comme les Verts, qui n’ont qu’un goût modéré pour la dimension communautaire et font preuve de trop d’indépendance.

A mesure que l’influence du Orange diminue, beaucoup de ceux qui y avaient connu le succès commencent à se poser des questions du type « Est-ce vraiment tout ce qu’il y a à attendre de la vie ? Quel est le coût réel de l’abondance matérielle ? …. » A mesure que le vMème Vert se déploie, il prend conscience des inégalités qui se creusent, de la crise environnementale (l’état de la planète s’est dégradé depuis le début de l’ère industrielle) et des déséquilibres personnels qu’engendre la vision Orange (pas facile d’atteindre la paix intérieure dans un univers régi par la compétition et la consommation).

Dans cette phase là, ceux qui avaient réussi en phase paroxysmique Orange souffrent aussi souvent d’un manque d’acceptation des autres (et la notion d’acceptation est importante au niveau Vert). Les stratégies de manipulation qui permettaient aux Oranges de réussir et avec lesquelles ils se sentaient bien, car elles étaient valorisées socialement, sont dorénavant accompagnées d’éléments de culpabilité. Et ceux qui subissaient ce niveau Orange et qui en étaient les laissés pour compte poussent de plus en plus en direction d’un nivellement qui

rendrait égales les chances de chacun.

Le vMème Vert se caractérise par le fait de bâtir – ou d’essayer de bâtir – un système qui régirait la vie de la communauté pour le bien de celle-ci, apporte un soutien aux causes qui lui semblent en valoir la peine, et aide ceux qui sont en difficulté.

Sur le plan social et politique, en occident, ce niveau Vert a commencé à se manifester sur une large échelle dans les années soixante, dans sa version « sauvage » (contre-culture américaine, mai 68 en France etc.) politiquement ou écologiquement radicale, pour aboutir à des gouvernements sociaux-démocrates qui sont des hybrides Oranges / Vert à sensibilité centre gauche et écologique, tels qu’ils existent aujourd’hui dans la plupart des pays d’Europe, et aux Etats Unis quand les démocrates sont au pouvoir (l’administration Bush actuelle étant typiquement Bleue).

Les relations humaines sont valorisées dans cette vision. L’intuition et la connaissance de soi sont également mises en valeur, et avec elles le soucis des autres. On peut voir, à titre d’image, le passage de l’Orange au Vert, comme un passage du cerveau gauche au cerveau droit.

Par opposition à la phase Orange pure, la phase de transition du Orange au Vert est une zone où les autres sont toujours perçus comme une ressource à utiliser et manipuler selon les besoins, mais en les prenant quand même plus en compte. L’entreprise fait montre de préoccupations plus humanistes. Alors que jusqu’ici la métaphore de base de l’activité économique Orange était souvent guerrière, la nouvelle métaphore parle de l’entreprise plus comme une famille ou une tribu.

Les équipes ne sont plus uniquement des unités de production, mais des entités à part entière qui ont leur propre autonomie et un niveau de responsabilité et d’interrelation plus élevés qu’auparavant.

Poussé à l’extrême, la nouvelle croyance est que la productivité découle de rapports harmonieux entre les individus.

Vert : phase de paroxysme

A son paroxysme le Vert est communautaire, égalitaire et consensuel. La personne est dynamisée et enthousiasmée par la coopération avec les autres. A mesure que l’individualisme Orange décroît, le groupe acquière une vie propre.

Il est plus ouvert que la famille Pourpre – qui dépendait des liens de sang – et n’a pas les structures doctrinaires du Bleu, mais la synergie communautaire et collective est présente en force, déterminée à aplatir la hiérarchie verticale établie par le Orange et à mieux redistribuer les ressources entre tous.

Côté professionnel, le travail est orienté vers un mode coopératif à base d’équipes avec plus de discussion et de partage d’idées. Chacun a la possibilité de parler et d’apporter sa contribution.

Traits caractéristiques

. La communauté et l’harmonie entrent désormais dans les décisions

L’orientation communautaire Verte contrebalance les problèmes d’isolement et de solitude qui apparaissent en fin de période Orange et dans les conditions de vie CV 6 et bien que les 2 niveaux précédents de la spirale les perçoivent souvent comme naïfs et leur reprochent de favoriser une culture de l’assistanat, ce sont les Verts qui ont sensibilisé les consciences sur les grandes causes

sociales et écologiques et ont milités pour modifier les mentalités qui viennent de plus bas dans la spirale (peine de mort, droit des femmes et des homosexuels, enfance maltraitée, esclavage, espèces menacées, couche d’ozone etc.).

. La psychologie, la spiritualité et l’importance de la vie émotionnelle remplacent peu à peu la méthode analytique scientifique propre à la couche précédente

Un peu comme Einstein recherchait une théorie unificatrice permettant de réunir la théorie de la gravitation universelle avec les réalités subatomiques, le Vert donne un sens à la vie en mettant en avant le respect de chacun plutôt que la superstition mystique du Pourpre ou les règles rigides et censées être immuables du Bleu.

On tente de remplacer l’anxiété par plus de justice sociale et d’amour, on désapprend les contraintes, et la doctrine de la compétitivité est atténuée par le partage, la compréhension, l’appréciation et la tolérance. Cela dit, le Vert sait être très rigide quand on ne partage pas sa vision des choses dans ces domaines, et part volontiers en guerre pour faire prévaloir ses idées, pour lesquelles lui manque souvent une politique structurelle de type Bleue, soutenue par une

stratégie de type Orange qui lui permettraient de mieux atteindre ses objectifs.

Comme tous les niveaux de la première partie de la spirale (Beige / Pourpre / Rouge / Bleu / Orange et Vert), il peut être tout à fait aveugle au reste de la spirale et partager avec lui-même la conviction selon laquelle sa voie est la voie.

. De la place pour tous

Quand ce vMème gagne en ampleur, on assiste à une dérigidification des rôles sociaux, une atténuation des distinctions entre les classes. Puisque l’autorité Verte repose dans l’esprit du groupe et pas dans une source externe quelconque, la comparaison avec les autres est moins d’actualité ; chacun fait partie d’un ensemble. La compétition est entre « nous » et « les autres ».

Tout ce qui précède ne signifie pas qu’il n’y ait pas un ensemble de normes pour régir la vie d’une société Verte, il y en a toujours. Mais ces normes sont souvent non dites parce qu’autogérées. Une personne qui ne les respecterait pas se retrouverait de fait en dehors du groupe, et dans ce cas, qu’importe qu’il ne respecte pas les règles puisqu’il ne fait plus partie du groupe…

. Communiquer le contenu et les sentiments

Les Verts ont une grande capacité de communicateurs et font des merveilles pour tout ce qui est relationnel. Mais il est intéressant de constater à quel point ils sont vite « usés » en cas d’exposition trop prolongée à des vMèmes individualistes / élitistes. On le voit en politique, ou la vision « soft » du Vert résiste assez mal aux stratégies de pouvoir qui régissent les comportements de ce milieu.

Une partie de l’impression de chaleur que dégage ce vMème tient à la communication abondante des organismes Verts (discussions, relationnel informel…).

Du côté négatif, l’aspect sécuritaire peut être un problème quand chacun croit avoir le droit de savoir tout sur tout. Alors que les Oranges appréciaient les débats pour gagner, et que les Bleus y voyaient plutôt une façon de propager leurs croyances, les discussions Vertes ont plutôt pour but de résoudre les conflits, de construire un consensus et de permettre à chacun de se sentir bien dans le groupe dont il fait partie. Il y a peu de dogmatisme dans le Vert, mais quand il est présent, il est redoutablement rigide.

. Apporter la diversité à la communauté

Alors que le Bleu classe les individus selon des critères ethniques, d’âge, de sexe ou de religion, et que le Orange les classe de façon verticale en fonction de critères socio-économiques et du niveau de réussite matérielle de chacun, le Vert croit en l’intérêt de la diversité dans les groupes (dans la mesure où cet aspect ne nuit pas à l’unité et à la cohésion du groupe) et plus le Vert s’intensifie, plus le désir de sortir des jugements et des catégories devient fort.

. Conformisme de groupe et besoin d’approbation

Quand le vMème Vert est dominant, être apprécié et accepté est plus important que les possessions matérielles ou le fait de « gagner ».

Le sentiment de la valeur de l’individu est fortement influencé par des messages émanant du système communautaire : quoique pense le groupe, c’est nécessairement juste, bon et bien. Il existe un haut niveau de tolérance des différences (dans la mesure où celles-ci ne nuisent pas au groupe) pour autant que les croyances de base propres à ce niveau ne soient pas contestées et une

légitimité dans le choix de styles de vie et de comportements différents.

Ce qui, par contre, n’est pas « politiquement correct » aux yeux du Vert, se trouve dévalorisé ou rejeté. En ce sens, le Vert a reproduit la même erreur que celle commise par les niveaux qui l’ont précédé : se croire porteur d’une vision du monde indépassable.

Un autre facteur d’érosion pour le Vert : son affrontement avec le niveau Orange avec lequel il cohabite dans nos sociétés, et qui est, par nature même, mieux armé que lui et ne lui laisse souvent pas d’autre rôle que celui de la protestation.

Phase de sortie du Vert au Jaune

A mesure que la spirale évolue vers le Jaune, des doutes apparaissent concernant l’efficacité du collectivisme et l’on assiste à une résurgence de l’individualisme.

La personne commence à ressentir la nécessité de plus en plus urgente de disposer d’une capacité à façonner sa vie et son environnement avec ou sans l’appui du groupe et considère de plus en plus que des relations positives avec autrui sont certes une composante importante de la vie, mais pas une finalité en soi.

Les premières interrogations de type CV 7 apparaissent : elles concernent le coût réel de cette priorité donnée à la collectivité, que ce soit sur des critères purement économiques (omniprésence de l’état, fiscalité écrasante) ou en terme d’énergie. Le prix à payer pour réaliser cette version du bonheur et de l’harmonie est perçu comme trop élevé et comme créant des systèmes trop lourds, engendrant l’immobilisme.

L’idée selon laquelle les finalités personnelles n’ont pas forcément à être subordonnées à celles de la communauté revient de plus en plus fort. Ce changement a pour conséquence une capacité à être plus fluide dans l’action puisqu’on n’est plus contraint d’attendre un consensus général pour

entreprendre.

Par ailleurs, le « moi » commence à nouveau à faire entendre sa voix. On commence à regarder en dehors de l’équipe / la communauté à la recherche d’alternatives, on s’intéresse à d’autres façons de penser, qui ne sont pas dans l’idéologie dominante verte.

A partir du moment où, sur la base de ce nouveau mode de pensée, la personne commence à obtenir des résultats positifs d’un meilleur niveau qu’elle n’en obtenait dans l’ancien système, la fin du vMème Vert est annoncée.

Les processus collectifs ne correspondent plus à la complexité du contexte CV 7 parce qu’ils consomment trop de temps et d’énergie et la phase de passage en Jaune est amorcée…

En passant du Vert au Jaune, on passe du premier au second niveau de la spirale. Comme corollaires à ce passage, on constate une diminution de l’influence des pôles individuels et collectifs et une capacité accrue à gérer simultanément diversité et complexité.

Quelques touches de chaos sont désormais perçues comme naturelles et ne sont plus inhibitrices.

En fait, l’indicateur le plus significatif de la transition est la diminution flagrante du sentiment de peur qui caractérisait les 6 premiers niveaux.

La sécurité tribale, la force brute, le salut éternel, le succès individuel et le besoin d’acceptation et d’appartenance ont de moins en moins de poids. Une curiosité accrue vis à vis de la Vie les remplace : la personne réalise le champ infini d’expérimentation et d’exploration qui s’offre à elle, tout en acceptant le caractère fini de sa propre existence…

Une nouvelle façon de pensée apparaît avec le Jaune et nous fait entrer dans le second niveau de la spirale…

 

Jaune : le vMème Systémique

Caractéristiques principales :

– Considère le changement comme une composante naturelle de la vie.

– Part à la découverte de sa liberté personnelle, en prenant soin de ne pas blesser les autres ou de faire de l’égocentrisme.

– Expérimente la plénitude de la vie dans ses multiples dimensions.

– Fonctionne dans des systèmes ouverts.

– Se concentre sur la fonctionnalité, la compétence, la flexibilité et la spontanéité.

A la source du Jaune, les conditions de vie CV 7

« Le but de la vie est d’être indépendant et d’exercer sa raison et son intelligence, être en apprentissage constant et de prendre soin de son environnement de façon réaliste ( plutôt qu’idéaliste). Je suis une personne à part entière, responsable de ma vie. J’ai le droit et la capacité de créer la vie qui me convient le mieux. Je me sens relié aux autres mais je n’attends pas après eux pour mener la vie qui me convient. Evoluer, se développer d’une manière qui soit source de plaisir est plus intéressant que passer sa vie à lutter pour avoir toujours plus. Je suis préoccupé par l’avenir de la planète et de sa population car je suis conscient des déséquilibres dangereux qui ont été cumulés dans les niveaux précédents ».

Phase de transition du Vert au Jaune

Dans cette phase de transition, la quête de la justice et l’harmonie continuent, mais n’est plus centrale. Elle devient un objectif parmi d’autres. L’univers et ses possibilités fascinent plus que le développement de la collectivité (préoccupation essentiellement Verte).

Le Vert qui recherchait l’ordre au travers de la communauté est relégué avec le reste du premier niveau de la spirale, prêt à être mis au service du second niveau, mais ayant perdu son pouvoir propre.

Les besoins de reconnaissance et d’harmonie sont désormais périphériques au bonheur. Ce que les autres pensent n’est pas déterminant, seulement intéressant.

Le Jaune est très clair sur ce qu’il attend de la vie. Il développe son propre style de vie sans trop se soucier de ce qu’en pensent les autres.

Avec ce passage au second niveau de la spirale, et au mode de pensée qui va de pair, l’être humain accède à un espace conceptuel plus grand que la somme de tous les niveaux précédents combinés (notion de synergie), entraînant ainsi une croissance accélérée de son degré de conscience et de liberté.

Quand on assigne une tache à des individus ou des groupes Jaune, ils obtiennent généralement de meilleurs résultats, en moins de temps et avec un effort moindre, que ceux qui abordent la même tache à partir des filtres des niveaux précédents. Ils ont souvent une approche créative surprenante que d’autres n’auraient pas envisagés.

Il ne s’agit pas là seulement d’efficacité plus grande, mais surtout du fait qu’ayant l’intégré les 6 premiers niveaux de la spirale, ils sont capables de choisir consciemment le niveau où ils veulent fonctionner ou puiser des ressources.

Cela étant, les problèmes qui émergent dans le contexte des conditions de vie CV 7 sont également plus complexes…

Bien qu’on puisse donner ici l’impression de décrire un nouveau type d’êtres humains, le vMème Jaune est en fait latent en chacun de nous. S’il n’est encore manifeste, à ce jour, que chez peu d’individus, cela tient au fait que les conditions de vie CV 7 sont seulement en cours d’émergence dans notre société.

Les maîtres mots, en vrac, deviennent : mobilité, adaptabilité au changement, réseaux, information, monde digital, Internet, travailler pour soi, se réaliser, acceptation du monde comme d’une mosaïque faite de visions différentes dans laquelle chacune a sa place, liberté de choix, fin des grandes idéologies, créativité, penser par soi même, vivre le style de vie de son choix, liberté à l’égard des peurs et des endoctrinements, hédonisme responsable, intérêt peu marqué pour les jeux de pouvoir et les conformismes en place, valorisation de la simplicité efficace et de l’intelligence dans ses différentes formes, etc.

Une fois sorties du premier niveau de la spirale, les idées deviennent multidimensionnelles. Alors que la pensée unique et la pression de conformité qui s’exerçait sur les groupes humains des niveaux précédents s’affaiblit, de nombreuses façons nouvelles d’aborder la vie apparaissent (et non plus seulement la recherche Bleue d’une vérité unique et d’un sens à la vie, le désir Orange de standing social, le besoin Rouge de pouvoir et de conquête ou l’impulsion Pourpre à protéger le groupe en invoquant des forces surnaturelles…).

Le point de vue Jaune est panoramique, ouvert et relativiste. Un peu comme on voit plus loin lorsqu’on est au sommet de la montagne, il permet d’avoir une vision globale des niveaux qui l’on précédé, ce qui a entre autres 2 conséquences importantes :

Le Jaune peut honorer l’héritage des niveaux précédents en gardant ce qu’il y a de bon et de sain dans chacun et en même temps ne plus être dupe de ceux ci, c’est à dire, réaliser que chaque niveau est porteur d’une vision de la réalité qui n’est « que » cela : une vision de la réalité parmi d’autres possibles et non pas une définition unique à laquelle il faudrait se soumettre.

Style de vie et préoccupations du second étage de la spirale

Bien qu’il soit assez peu probable de retrouver toutes les caractéristiques qui suivent chez une seule et même personne, voici quelques indicateurs clés concernant l’apparition du vMème Jaune dans les processus de développement humain.

Quand celui-ci apparaît, la personne ou le groupe :

– Ne perd plus dans temps dans les jeux interpersonnels, les idéologies ou les coupages de cheveux en quatre.

– Développe une attitude axée sur le questionnement et la découverte.

– N’éprouve pas le besoin d’afficher un statut particulier ou de manifester son pouvoir, sauf lorsque cette manifestation est appropriée pour échanger avec les autres niveaux de la spirale (voir le proverbe : quand on va à Rome, on s’habille comme les romains).

– Valorise la conscience, la connaissance / l’information et l’intelligence.

– Est un hédoniste responsable qui jouit de la vie, tout en prenant soin de lui-même et de son environnement.

– Est flexible, mobile et a intégré la notion de changement comme une donnée de base de la vie.

– Fonctionne principalement en pro activité et sur un mode créateur, en tenant compte des conséquences à long terme.

– Se simplifie la vie et bâtit des systèmes de hautes performances qui reposent le plus possible sur la simplicité et l’efficacité ( plutôt que le pouvoir, le prestige, la sécurité etc.)

– Favorise les technologies les plus appropriées, une consommation minimale et un effort délibéré d’éviter le gaspillage.

– Manifeste une grande diversité d’intérêts et fait ce qu’il a envie de faire sans trop se préoccuper de ce qui est « populaire » ou valorisé par les autres.

– Fonctionne en mode intrinsèque et est peu sensible aux pressions extérieures et aux jugements.

– Est à peu près libre à l’égard du grand thème dominant / dominé sur lequel reposent pour partie les autres niveaux de la spirale.

vMème Jaune : apogée

Quand le Jaune est à son apogée, la personne ou le groupe ouvre les yeux pour la première fois sur la légitimité de chaque système humain apparu à ce jour.

Ces systèmes sont perçus comme des modes d’existence qui ont leur place et leur raison d’être. Les niveaux de la spirale sont considérés comme des forces dynamiques, qui, lorsqu’elles sont saines, contribuent à la viabilité et à l’équilibre de l’ensemble, et à l’ évolution de la conscience humaine.

D’une certaine façon, les conditions de vie CV 7 qui font leur apparition avec le vMème Jaune entrent en résonance avec les questions liées au thème de la survie du niveau beige, mais bien sur, à un tout autre niveau. Cette fois, dans le contexte d’un monde interactif, basé sur l’information et où le changement est la constante et surtout dans lequel l’être humain peut prendre appui sur les leçons des échecs et réussites des 6 systèmes précédents.

Dans ce domaine, le Jaune est très conscient des dégâts importants causés par les différentes visions de la « Réussite » propres à la première partie de la spirale et de l’importance d’inventer autre chose.

Une nouvelle perspective

Le jaune est flexible, en ceci qu’il peut entrer dans l’univers conceptuel des 6 premiers vMèmes et entrer en contact avec eux sur leur propre fréquence, en parlant leur langage psychologique.

Le respect Jaune de leur singularité, de leur vision du monde, de leur mode d’expression, de leurs habitudes uniques, de leurs coutumes et de leur culture est perçu des autres vMème, bien qu’ils

continuent eux même à croire que leur vision est la bonne

Il est également conscient de la réalité de l’évolution et perçoit chaque niveau, le sien y compris, comme des étapes sur un chemin ouvert et sans fin.

Une source de motivation intrinsèque

Le vMème pense et agit principalement sur la base d’une motivation intrinsèque.

Ses choix de vie, ses valeurs et ses aspirations lui servent de guide et le rendent moins sensible aux conditionnements de masse qui opèrent aux niveaux précédents.

Une vision claire de ses valeurs et de ce qu’il attend de la vie lui servent de gyroscope personnel et lui permettent de garder son équilibre dans un monde paradoxal, pour traverser sans encombres les conditions de vie CV 7.

Les compulsions et anxiétés diminuent aussi beaucoup à ce niveau, et on remarque une capacité croissante de l’individu à adopter une attitude plus sereine et à aborder la réalité d’une manière plus rationnelle. A mesure que les peurs régressent, la qualité et la quantité des idées et des initiatives s’accroît en proportion.

Le Jaune appartient à la famille des vMèmes fonctionnant plus volontiers dans l’expression et la réalisation de soi que dans le sacrifice à la communauté. En tant que tel, n’attendez pas de lui qu’il se sacrifie pour le bien du groupe, pour une tradition, une Vérité ou même une idéologie humanitaire.

Mais loin d’être solitaires, les personnes fonctionnant en mode Jaune sont en position de choisir

d’agir seules ou en groupe, en fonction des situations et des résultats qu’elles visent.

Le Jaune est un adepte enthousiaste de l’apprentissage

Comme les Jaunes vivent dans un univers conceptuel fait de changement et de variété, leur capacité à observer et à apprendre rapidement est importante. Cet intérêt permanent pour les processus d’apprentissage et d’expérimentation constitue d’ailleurs un de leurs traits caractéristiques.

Les personnes qui pensent de façon Jaune identifient le niveau de la spirale d’où provient l’information et activent le processus d’apprentissage spécifique qui permettent d’y répondre.

Si par exemple, ce qui doit être appris requière la patience, le climat autoritaire et le renoncement Bleu, la personne va activer ce système de façon à intégrer au mieux l’information. Si l’acquisition de l’information nécessite une comparaison avec les autres, alors elle va se mettre

sur la fréquence Orange…

Le Jaune est capable d’activer les ressources des niveaux du premier étage de la spirale, à partir d’un mode de pensée « méta » qui est propre au second niveau.

Le mode de pensée « de type virtuel » du Jaune lui permet d’explorer de nombreuses versions parallèles des situations, d’opérer des comparaisons croisées et de retenir les scénarios qui lui conviennent le mieux. Il évolue dans l’univers de la complexité, à laquelle il tente de fournir des réponses intelligentes et simples.

Le Jaune est réaliste, centré sur ce qu’il y a lieu de faire pour que les choses marchent

Alors que le système Vert est souvent idéaliste et centré d’abord sur les besoins humains, le Jaune est plus abrupt dans sa démarche. Il se centre sur ce qu’il y a lieu de faire pour qu’un système soit performant et porte moins d’intérêt à l’aspect social proprement dit.

Quand un mode de pensée Jaune commence à s’étendre au sein d’une organisation ou d’une communauté, on assiste assez rapidement à la disparition graduelle des statuts, des symboles et des hiérarchies de privilèges et de pouvoirs.

On pourrait croire que tous ces changements ont été apportés par l’égalitarisme Vert, mais ce n’est souvent pas le cas. Il s’agit plutôt d’un processus jaune basé sur un fonctionnement de type « qui est le mieux placé pour faire quoi ».

L’autorité version Jaune est contextuelle : Celui qui pour un contexte donné est le mieux équipé et le plus capable assume l’autorité, en dépit du rang ou même des sentiments. La compétence, le savoir, et la capacité à établir des distinctions pertinentes et critiques sont les facteurs dominants dans les hiérarchies de pouvoir Jaune.

On observe bien ce phénomène dans ce qu’on appelle aujourd’hui la nouvelle économie, celle qui passe par Internet, où on investit plus dans la matière grise et la mobilité que la sécurité de l’emploi, les hiérarchies et le décorum.

Des structures légères, parfois éphémères (on travaille dans un groupe de projet qui se dissout une fois son objectif atteint, puis dans un autre…) commencent à remplacer les organigrammes grandioses et la simplicité viennent remplacer l’ostentation de type Orange.

L’un des objectifs fondamentaux du Jaune est de bâtir des systèmes de haute performance qui permettent d’atteindre des objectifs à moindre coût, tout en préservant l’individualité et l’autonomie des personnes concernées.

Dans les organisations plus classiques, les Jaunes préfèrent souvent garder un profil bas. Leur présence n’est remarquée qu’à cause de leur capacité exceptionnelle à résoudre des problèmes complexes. Ils utilisent des démarches créatives de résolution de problèmes et prennent des initiatives systémiques et orientées solution.

Lorsque travail est accompli, il est fréquent qu’ils repartent en arrière plan et laissent les fruits de la réussite aux autres. Ce qui les motive surtout, c’est d’exercer leur créativité et leur intelligence sur des problèmes intéressant à résoudre et sont moins motivés par les suivis.

« L’équipement » du Jaune en matière de résolution de problème inclut plusieurs compétences :

  1. a) Libéré des compulsions du premier étage (je dois, il faut, j’ai peur de…), le Jaune est le plus qualifié pour résoudre les conflits entre les vMèmes des niveaux qui précèdent et avoir une vision de la dynamique de l’ensemble.
  2. b) Il est en mesure d’évoluer dans la spirale pour y détecter les problèmes, les carences, les besoins de transition et les marges d’action possibles. Il a compris que les changements profonds interviennent uniquement lorsque les humains sont face à des problèmes existentiels et en tient compte dans ses interventions.
  3. c) Le Jaune a une capacité unique : pour chaque niveau de la spirale, il sait détecter les options présentes et amener les personnes qu’il accompagne à tirer le meilleur parti de ce qu’elles vivent au niveau ou elles sont et les accompagner vers l’étape suivante, si les conditions sont réunies.

Phase de sortie du Jaune au Turquoise

Alors que le mouvement de balancier de la spirale repart vers le pôle collectif une nouvelle fois, l’individualisme fait place à une nouvelle forme de communauté. Même si ses tendances ne sont encore pas totalement apparentes à ce jour, la phase de transition peut être détectée par certains traits caractéristiques :

– La spiritualité refait son apparition, mais par un nouveau vecteur : celui des astrophysiciens, des philosophes avant-gardistes ou des mathématiciens de haut niveau

– Un respect croissant pour la sagesse des grands équilibres du vivant (cf. hypothèse Gaia)

– Le sentiment d’interconnexion planétaire/ l’idée du village global

– L’augmentation générale du niveau de conscience humain et avec elle la nécessité d’instaurer une harmonie planétaire et de contrôler le chaos.

– Un sens nouveau de l’expérience communautaire, sans la dimension idéologique et émotionnelle du Vert.

 

Turquoise : le vMème holistique

Un des postulats de base de la spirale de l’évolution est que les facteurs environnementaux (temps, lieu, conditions et circonstances) ont la capacité à générer des vMèmes, qui permettent aux individus et aux groupes de s’adapter à leurs nouvelles conditions de vie.

C’est ce qui se passe encore actuellement. Nous vivons une période où des découvertes majeures sont effectuées dans les domaines technologiques et environnementaux, franchissant ainsi des seuils technologiques qui modifient de façon importante notre vision du monde, de ce qui est possible et de ce qui le sera bientôt (Ingénierie génétique, théorie des cordes, progrès récents de la mécanique quantique et de la physique des particules, etc.).

Chacun de ces seuils porte en lui la capacité de modifier la course de l’évolution de notre espèce de par les changements radicaux qu’il introduit.

Dans la perspective de Graves, cela s’est déjà produit à 7 reprises lors de l’histoire humaine. Les premières vibrations annonçant le passage du huitième seuil se font à leur tour sentir et annoncent l’arrivée du monde Turquoise.

Une nouvelle fois, nous voici en train d’établir les conditions d’un basculement dans la polarisation de la spirale, cette fois vers le pôle collectif.

Lorsqu’un nouveau type de fonctionnement humain apparaît, certaines formes « mutantes » apparaissent aussi en avant garde, avant que le nouveau modèle ne se répande sur une plus large échelle. Puis, la nouveauté devient la norme.

Tout se passe comme si certains individus semblaient naître en avance de leur temps, ou en « dehors » de celui-ci. Comme si leur mode de fonctionnement semblait avoir été conçu pour un âge que nous ne connaissons pas encore et qui échappe à la grande majorité. C’est ce qui se passe aujourd’hui – comme cela s’est passé de tous temps – et ces personnes ou ces mouvements de pensée nous donnent peut être un avant goût du niveau Turquoise.

Dans les sociétés de plus grande liberté, comme la nôtre, on les considère comme des prophètes ou des visionnaires et l’on dit d’eux, rétrospectivement, qu’ils étaient en avance sur leur temps. Quand les temps étaient plus sombres, les mêmes étaient emprisonnés pour hérésie, brûlés ou enfermés pour folie…

Citons en vrac comme préfigurant le Turquoise : l’hypothèse Gaia de la terre conçue comme un organisme vivant, l’interdépendance de tous les êtres vivants face aux choix collectifs (nul pays ne peut par exemple échapper aujourd’hui aux conséquences dangereuses des bouleversements climatiques induit par l’augmentation de l’effet de serre), les théories de la physique quantique qui rejoignent l’émergence d’un nouveau type de spiritualité dépouillé des dogmes du passé, voire par exemple, le travail de Deepak Chopra qui intègre physique quantique, philosophie indienne et nouvelle médecine, certaines idées New Age, le super cerveau ou réseau nerveux planétaire que permet Internet, l’idée du village global, la vision du monde proposée par le Dalaï Lama, … et surtout l’intégration de cet ensemble dans ce qui commence à ressembler à une nouvelle théorie unifiée de l’être humain dans sa relation à l’univers.

Actuellement, du point de vue du développement humain, ce vMème Turquoise en est encore au stade embryonnaire. Cependant, il est chaque jour un peu plus évident qu’un nouveau type de vMème, basé sur une perception globale de la vie sur la planète et sur une plus grande conscience des conséquences collectives de nos actes, est de plus en plus présent.

Caractéristiques principales :

– Le soi est partie intégrante d’un tout plus large, conscient, spirituel.

– On tend vers un équilibre harmonieux des collectivités et de la force des individualités qui les composent.

– Usage étendu du cerveau droit.

– La prise en compte des interactions globales de la planète et de la spirale dans son entier font désormais partie des modes de fonctionnement acquis.

– On s’efforce de vivre dans un environnement peu matériel (ne pas être possédé par ses possessions)…

Phase d’entrée du Jaune au Turquoise

Ce vMème Turquoise s’est bâti sur les informations et la sagesse développée au niveau précédent (Jaune), tout en basculant, de par le mouvement pendulaire, vers le pôle collectif.

Il est important de remarquer qu’à partir de ce deuxième étage de la spirale, les mouvements du balancier se font moins amples, ce qui fait que les deux pôles sont de plus en plus complémentaires et de moins en moins opposés et qu’à ce niveau, il y a peu d’opposition entre la démarche d’individuation (devenir qui je suis) et la conscience de l’unité, de l’appartenance à un tout plus large.

Les problèmes que le Jaune avait identifié dans les conditions de vie CV 7, ne pouvant pas être résolus par des individus isolés, quel que soit le degré d’avancement de leurs connaissances, il devient nécessaire, dans cette vision du monde Turquoise, d’unir des forces globales pour faire face à la complexité des enjeux que nous rencontrons aujourd’hui.

La masse énorme d’informations collectée au niveau Jaune (c’est à partir de ce niveau Jaune qu’apparaît ce qu’on appelle aujourd’hui la société de l’information) fait apparaître la nécessité d’une synergie collective et d’un cerveau global, ce qui constitue l’un des facteurs CV 8.

Un physicien pourrait décrire la vision Turquoise du monde comme celle d’une théorie unifiée, impliquant que le comportement de chacun des éléments d’un système a un impact immédiat et direct sur l’ensemble des autres éléments de ce système.

Les divers groupes fonctionnant au niveau Turquoise peuvent être reliés où qu’ils soient géographiquement car ce sont d’abord des communautés de pensée, mais qui fonctionnent aussi bien au travers de liens électroniques (Internet, téléphone…).

Avec la résurgence de cet aspect collectif, les sentiments et les émotions reviennent également en force avec le Turquoise.

Cette transition du Jaune au Turquoise permet l’intégration des sentiments et du savoir. L’intelligence, aussi bien du cœur que de l’esprit et la conscience semble apparaître à ce niveau comme les « matières premières » les plus importantes.

Une nouvelle forme de spiritualité réapparaît également à ce niveau, sans être forcément accompagnée d’un corps doctrinal spécifique. La spiritualité, à ce niveau, semble plutôt basée sur la conscience d’une force unifiant toutes les dimensions de la vie, assortie d’un ensemble de principes qui régissent la course de l’univers. Certains donnent une forme déiste à cette dimension, d’autres la vivent de façon plus immatérielle comme étant une Force, la Vie, la Conscience, etc.

Turquoise : Phase de paroxysme

En phase Turquoise, l’apprentissage ne se fait pas uniquement via l’observation et la participation, mais également par la simple expérience d’être. La personne fait confiance à son intuition et à son instinct et permet à son esprit de fonctionner à la fois sur des bases conscientes et inconscientes.

A mesure que les capacités spirituelles profondes sont réactivées, les personnes semblent concevoir la vie elle-même comme un chemin d’évolution, basé avant tout sur des savoir être.

Précisons à nouveau qu’il ne s’agit pas d’être plus intelligent ou meilleur, mais d’acquérir une vision du monde et un répertoire d’options comportementales plus larges. Ceci ne garantit pas pour autant que les Turquoises seront plus heureux que ceux qui les ont précédés, mais qu’ils observeront le monde au travers d’un objectif « grand angle ».

Ce vMème est également en mesure de circuler de manière très fluide au travers des différents étages qui l’ont précédé. C’est en fait la différence cruciale entre le premier étage de la spirale (Survie) et le second étage (Etre).

Plus encore que le Jaune, le Turquoise comprend l’unité de la spirale et utilise ses différentes couches de manière proactive et holistique, puisque l’aspect collectif est de nouveau important.

Traits caractéristiques :

Conscience de l’unité : Chaque chose interagit avec le Tout au sein de systèmes vivants

Le Turquoise perçoit le monde comme une vaste champ d’interrelations. C’est une nouvelle façon de chercher à ordonner le chaos qui a l’intérêt d’être la première à développer une vision « macro », s’efforçant de lier dans des rapports de cause à effet, les différentes dimensions de la réalité.

Le vMème Turquoise recherche un vaste sens communautaire sans pour autant renier la liberté individuelle d’être

Les personnes fonctionnant sur la base de ce vMème peuvent utiliser le « je » sans complexes tout en percevant la nécessité de le resituer au sein d’un Tout. Elles sont très attentives à l’inévitabilité des liens entre les acteurs et leurs actions.

Le Turquoise découvre une nouvelle forme de spiritualité

Le Turquoise part en quête d’un ordre cosmique, des forces créatrices qui sont à l’œuvre, du big-bang à nos jours.

Encore qu’il soit trop tôt pour le dire, il semble aller dans le sens de la célèbre phrase qu’on attribue à Malraux, selon laquelle « le 3e millénaire sera spirituel ou ne sera pas ».

Les expériences de vie du Turquoise lui ont prouvé qu’il ne pourra jamais tout savoir ou tout comprendre. Avec cette compréhension vient l’émerveillement, l’humilité et un sentiment renouvelé d’unité et de simplicité. Selon cette vision du monde, la réalité peut être pleinement vécue, sans que pour autant jamais livrer tous ses secrets.

Grâce à sa vision « macro », le Turquoise est en mesure d’agir à tous les niveaux de la spirale

Le Turquoise dispose d’une vue satellite qui lui permet de détecter les schémas, les flux de masses, les tendances. Il perçoit les niveaux d’interaction des différents éléments, en surface et en profondeur et peut agir en conséquence.

Les personnes fonctionnant au niveau turquoise ont également une compétence forte dans le domaine du traitement de données de masse : ils savent compiler ces données et en dégager les tendances, les lignes directrices.

Si ce niveau ressemble à certains égards à une vision du monde de type New Age, il reste à préciser, qu’à la différence de celle-ci, la vision de Graves n’inclut pas que toute la planète va se mettre à fonctionner à l’unisson à ce niveau, dans la paix, la conscience et l’harmonie. Elle indique, plus modestement, que certains groupes humains, à partir d’un certain niveau de leur évolution, accèdent à cette possibilité, ce qui n’empêche pas les autres niveaux de la spirale d’être toujours présents et de continuer à générer les problèmes qui leurs sont propres.

Il ne propose donc pas de vision idéaliste du type « paradis sur terre ».

Ces différents traits caractéristiques ne sont qu’une partie de l’ensemble des spécificités qui constitueront le vMème Turquoise définitif, mais, de par son état embryonnaire, nous ne connaissons pas encore ses orientations définitives…

Tout de même ! ! ! ! Quel voyage que celui de cette évolution humaine ! ! !

Il nous reste maintenant à voir ensemble les outils d’évolution qui découlent de ce modèle. Nous

étudierons les différents outils à notre disposition pour accompagner le changement avec le modèle Spirale.

 

La spirale de l’évolution et son apport au domaine du changement

« La seule chose qui ne change pas, c’est le changement. »

Héraclite

On peut aborder la notion de changement selon 3 niveaux :

– Les processus externes observables : comportements / actions concrètes

– Les processus internes (pensées, concepts, systèmes de croyances, etc.)

– Les intelligences de base (vMèmes)

Quand le vMème change, les façons de penser et les comportements changent aussi, puisque selon ce modèle, c’est du vMème, c’est à dire de la vision du monde propre à une personne ou un système, que découlent les façons de penser et d’agir.

L’idée qui va de pair avec cette conception des choses est que çà ne sert souvent pas à grand chose de vouloir changer les comportements ou les façons de penser d’une personne ou d’un groupe, si on ne remet pas en question d’une façon ou d’une autre le vMème / l’intelligence de base qui les sous tend. Graves et ses continuateurs semblent penser que les tentatives de vouloir modifier la façon de penser et d’agir d’une personne ou d’un groupe, qui veulent faire l’économie

d’une analyse plus profonde de la vision du monde de base active en arrière plan, sont à la fois naïves et inefficaces.

Les principes de changement proposés dans le modèle Spirale

Chaque vMème a ses spécificités. Elles vont dicter la manière dont on pourra envisager le changement avec celui-ci et il n’y a donc pas d’approche ou de technique unique qui soit efficace pour tous les niveaux de la Spirale.

En fait, ce qui, de par votre mode de pensée, vous semble approprié et évident, s’avérera peut être trop complexe – ou trop simpliste – pour d’autres.

Les six conditions nécessaires au changement

Graves parle de 6 conditions à prendre en compte avant de s’engager dans la conduite d’un changement. Elles sont pertinentes où qu’on soit dans la spirale.

L’idée : identifier celles qui sont présentes et favoriser l’apparition de celles qui manquent. D’après Graves, si nous ne prenons pas ces conditions en compte, notre intervention risque d’être un coup d’épée dans l’eau, voire de faire régresser le système un cran plus bas.

Condition 1 : le potentiel de changement…

Toutes les personnes ne sont pas également réceptives, capables ou préparées au changement. Aussi, avant de vous lancer dans un accompagnement au changement, vous avez besoin de vous faire une idée sur la capacité qu’a la personne ou le système à avancer dans la direction souhaitée.

L’expérience de Graves en matière de changement organisationnel l’a convaincu de l’existence de trois stades en matière de potentiel de changement .

Ces 3 stades se distribuent sur un continuum qui va d’Ouvert à Fermé, en passant par Arrêté placé au milieu du continuum.

Dans cette perspective, une intervention efficace implique non seulement qu’on repère le niveau d’évolution auquel se trouve le système / la personne, mais aussi qu’on identifie le stade où elle est en terme de potentiel de changement.

Ouvert : potentiel présent pour accéder à un niveau de fonctionnement plus

complexe.

– Forme la plus saine, avec la plus grande possibilité d’adaptation au

changement,

– L’histoire / le contexte / les capacités sont favorables au changement.

– Le système est acquis à l’intérêt qu’il y a d’évoluer en fonction de l’environnement,

– Les mentalités ne font pas obstacles au changement, les réticences sont contournées sans trop de difficultés.

Arrêté : changement bloqué par les barrières intérieures ou extérieures.

– Possibilité de changement sous réserve qu’on trouve les moyens de dépasser les blocages.

– Peut manquer de recul et de prise de conscience par rapport à ce qui se passe.

– Nécessitera un apport d’énergie extérieure plus grand pour enclencher le changement,

– Se donne des excuses et rationalise le statu quo.

Fermé : bloqué pour des raisons biologiques, psychologiques ou sociales »

– Peut manquer des capacités neurologiques ou du niveau culturel nécessaire au changement,

– Des traumatismes en rapport avec l’histoire de vie peuvent avoir « verrouillé » la personne ou le système à ce stade,

– Incapacité à détecter les barrières et donc à les franchir,

– Peur du changement et tendance à l’immobilisme.

– Prouver qu’on a raison devient plus important que réussir.

NB : On peut parfaitement avoir conjointement une attitude Ouverte dans les affaires, Arrêtée dans les relations familiales et Fermée en matière de religion.

Si vous pouvez détecter dans quelle disposition OAF (Ouvert Arrêté Fermé) se

trouve une personne vis-à-vis d’un domaine particulier, vous êtes en mesure d’évaluer son potentiel de changement inhérent à cette situation , quelle énergie sera nécessaire pour produire le changement, quel niveau de stress et de résistance cela va sans doute générer, quel angle d’approche choisir plutôt pour changer les mentalités et les attitudes, etc.

  1. a) Stade Ouvert

– A ce stade, la personne valorise la flexibilité. Elle se mobilise pour disposer d’un éventail d’options possibles et, au contraire, lutte pour enlever les barrières qui la maintiennent dans un seul et unique comportement. Elle souhaite exprimer ses différences individuelles et ne veut pas se résoudre à appliquer la « pensée unique » propre à son groupe d’appartenance.

– Elle anticipe sur le fait que le changement est inévitable et montre une flexibilité importante, sans pour autant se disperser.

– Elle est consciente de l’importance qu’exerce l’environnement (au sens large) dans lequel se trouvent les gens et du rôle facilitateur ou freinant que ces conditions extérieures peuvent jouer en matière de changement.

– Elle respecte les différents étages de la spirale et profite de ce qu’il y a de positif dans chacun d’eux (de la célébration Pourpre des festivals de musique ethnique à une contemplation toute Turquoise de la journée de la Terre…)

– Elle fait preuve d’ouverture d’esprit, d’une capacité d’écoute importante, d’une approche de la Vie sans préjugés et d’un respect des différences.

  1. b) Stade Arrêté

– Alors que le stade précédant permet et encourage la pro activité, à partir du stade Arrêté, on entre dans le monde de la réactivité. A ce niveau, on s’efforce avant tout de s’adapter au mieux aux conditions imposées par l’environnement.

– Niveau des frustrations personnelles et sociales, stress, comportements souvent passifs ou agressif – ou mixte passif/agressif.

– Les personnes fonctionnant à ce stade rejettent les modèles de changement et préfèrent s’en remettre à l’apprentissage par essais et erreurs…

  1. c) Stade Fermé

– Manque d’adaptabilité au milieu changeant . Chaque idée développée a la même couleur que la précédente.

– Pensée en noir et blanc. Il n’y a pas d’autre positionnement possible, d’autre manière d’être. Ceux qui dévient un tant soit peu de l’axe sont rejetés.

– Démesure, excès, dans les comportements et les réactions. Stressés, la personne ou le système montent rapidement au créneau et les réactions dépassent largement ce qui aurait suffi.

– Au stade Fermé, beaucoup de personnes / groupes manifestent un perfectionnisme compulsif. Le fait de constamment vérifier permet d’être sûr d’avoir « bien » fait et d’avoir raison.

– Attitude d’évitement ou de violence. Les systèmes / personnes ou sociétés fermées refusent de se confronter à d’autres visions du monde. Elles ont même tendance à cacher, voire détruire ce qui pourrait aller à l’encontre de leur modèle.

Concernant cette première condition (potentiel du changement) nécessaire à la mise en place du changement, on la considérera comme remplie si :

  1. Le mode de pensée n’est pas Fermé, mais Ouvert ou au moins Arrêté. La personne ou le groupe n’a pas atteint la limite de ses capacités disponibles.
  2. L’intelligence nécessaire / les moyens de s’en sortir pour accéder à un environnement plus complexe sont présents.
  1. La personne ou l’organisation est libre de toute pathologie restrictive (physique, historique, psychologique).

Condition 2 : la dissonance…

La prise de conscience de l’écart qu’il y a entre ce qu’on a et ce qu’on voudrait et l’insatisfaction qui en découle, restent l’un des facteurs de motivation à changer les plus puissants.

C’est d’ailleurs parfois seulement lorsque le bateau commence à tanguer ou à prendre l’eau, que certaines personnes (non, pas nous, bien sûr) commencent à bouger et à se remettre en question.

Des retours inattendus dans une enquête de satisfaction clients va interpeller la direction…le désabusement vis-à-vis du pouvoir politique vont entraîner une réflexion sur l’évolution de la société…idem pour l’augmentation de la violence urbaine ou la montée du fanatisme religieux, etc.

Bref, tant que « çà roule », nous sommes moins portés à nous remettre en question, et donc, il est important de vérifier que la personne, l’entreprise ou le pays vivent un écart et que celui-ci est perçu comme pénible (frustrant, source d’inquiétude, de déséquilibre…).

Parfois, le rôle des consultants, des conseillers, des parents (ou de votre conjoint) peut être de produire cette dissonance afin de remettre en cause le fonctionnements habituels et réaliser une bonne fois qu’il y a quelque chose qui ne va pas.

Condition 3 : La prise de conscience

= Conscience claire de la situation présente et de ses causes

Il s’agit ici de la capacité à :

1) détecter ce qui ne fonctionnait pas dans l’ancien paradigme.

2) Analyser pourquoi çà ne fonctionne pas – ou plus.

3) Comprendre en quoi les ressources qui seront disponibles si on passe dans le nouveau vMème, permettront de mieux répondre aux problème auxquels on se trouve confronté maintenant.

Condition4 : Les solutions (à la situation présente)

L’idée est de commencer par le commencement en apportant des premières solutions aux besoins présents qui priment.

Une personne ou un peuple ne peuvent dégager de l’énergie pour évoluer que si leurs besoins et préoccupations présents sont (mieux) satisfaits ; par exemple, pourvoir à un besoin immédiat de nourriture et de chauffage d’un groupe humain avant de lui demander de contribuer à une réforme du système politique… Rétablir l’ordre, si celui-ci est nécessaire pour passer au vMème

suivant, ou, au niveau individuel, cesser de faire des trous dans la coque avant de se lancer vers un nouvel objectif.

Le but est chaque fois de prendre un train de mesures concrètes qui vont permettre de mieux satisfaire les besoins du niveau actuel, pour donner l’énergie et de la motivation qui permettront le travail, plus de fond, nécessaire pour passer au niveau suivant.

Condition 5 : Les obstacles

Identifier les obstacles et les traiter. Peut-on les éliminer ? Faut-il les contourner, les neutraliser, les recadrer…

Les risques et les conséquences de la levée de certaines barrières sont également à considérer, ainsi que la douleur potentielle que ce changement peut entraîner. La tendance à trouver des excuses et à rationaliser le statu quo devra aussi être prises en compte, déjouée d’une façon ou d’une autre.

Tout cela, surtout au niveau collectif, commence d’abord par une prise de conscience, suivie d’une politique de communication qui va porter sur la nécessité de lever les obstacles si l’on veut réussir à mener à bien le projet de changement.

Condition 6 : La Consolidation…

Particulièrement important lorsque la personne ou le système avance vers un nouveau mode de

fonctionnement et se trouve en phase de transition. Ce cheminement se fait rarement de façon linéaire. Il inclut parfois des percées importantes, puis des retours en arrière, de la confusion et du doute, des phases d’assimilation plus ou moins longues, etc.

Parfois, ceux qui changent – individus ou organisations – peuvent être punis par ceux qui ne comprennent pas la phase de mutation engagée et se sentent menacés dans leur propre fonctionnement. D’anciennes barrières ou de nouvelles peuvent alors refaire leur apparition

C’est ce qu’on voit par exemple dans certains pays passés brutalement du communisme à la démocratie et qui expriment parfois la nostalgie de l’ordre anciens et des avantages qui lui étaient propre.

En résumé donc

6 conditions qui sont les ingrédients incontournables du changement :

1) POTENTIEL de changement…

2) DISSONANCE et incertitude…

3) SOLUTIONS aux problèmes actuels…

4) PRISE DE CONSCIENCE des causes et des alternatives…

5) OBSTACLES identifiés et dépassés…

6) CONSOLIDATION et soutien…

La présence de ces 6 conditions ne veut pas forcément dire qu’un nouveau vMème va apparaître et que la spirale va reprendre son ascension vers un nouveau degré de complexité, mais qu’en tout cas, le pilotage du changement a de fortes chances de réussir…..

 

Les étapes d’un changement de vMème

Dans un processus de changement quel qu’il soit, il importe en tout premier lieu de définir où l’on se trouve et dans quel direction on souhaite aller. Il est ainsi crucial de déterminer où se trouve l’individu ou l’organisation qui envisage le changement. Graves a défini cinq phases et leur a assigné les lettres grecques suivantes : Alpha, Bêta, Gamma, Delta et Nouvel Alpha. Alpha est une phase de stabilité et d’équilibre ; Bêta est une phase d’incertitude et de questionnement ;

Gamma est une période de confusion, voire de colère ; Delta est une phase enthousiaste ; et Nouvel Alpha est également une phase stable dans un nouveau système, qu’il soit plus haut ou plus bas dans la spirale.

Si vous avez étudié le modèle d’Hudson, vous allez bien sûr faire le rapprochement avec ce modèle et trouver des similitudes évidentes (et des différences aussi) entre les deux.

Phase 1 : Condition Alpha

Alpha est une phase où un individu, une organisation ou un système culturel est

en « synchronisation » avec les conditions de vie, et s’y adapte bien, voire très

bien. Par exemple :

– Un individu se sent bien dans son environnement de vie et envisage avec sérénité les temps à venir sur la base de ses récents succès,

– Une entreprise réussit bien sur son créneau particulier et ses principaux indicateurs de rentabilité sont au vert: part de marché, retour sur investissement, satisfaction des employés…

– Un pays parvient à satisfaire les besoins de ses habitants. Les challenges et opportunités présentes correspondent bien aux ressources et à la population….

En bref, dans ce cas là, les systèmes humains sont en état de stabilité et d’équilibre, d’homéostasie et d’intégration et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Cela dit, si l’on considère que la seule constante « stable » dans la vie, c’est le changement, Alpha est bien souvent un état plus théorique que réel. Ce qui apparaît stable ne l’est pas réellement et ce qui semble au repos est en fait e mouvement juste en dessous de la surface.

Bêta et Gamma sont des phases instables de turbulences et de chaos. Puisque le changement est inhérent à la nature des choses, deux éléments mettent en danger la pseudo stabilité Alpha. En tout premier lieu, le monde extérieur lui-même change en raison des phénomènes naturels et d’évènements humains.

Dans un second temps, vient se greffer sur cette première source de changement, un phénomène dont nous avons parlé dans les premières fiches de ce modèle : le fait que, lorsque les conditions de vie sont devenues pleinement satisfaisantes, on assiste à l’éveil de nouvelles aspirations et espérances qui provoquent un nouveau déséquilibre vers l’avant. Ainsi, le simple fait de bien vivre éveille de lui même de nouveaux désirs et besoins dont nous n’étions pas conscients auparavant, ce qui perpétue donc le mouvement. Dans cette optique, Alpha est donc une phase temporaire et transitoire, même si, pour beaucoup, elle prend les apparences de la stabilité la plus convaincante.

Phase 2 : Condition Bêta

Incertitude, questionnement et frustration sont les mots clés de cette phase. Bêta est empreinte de doute. Quelque chose ne va pas mais quoi ? L’ancienne manière de fonctionner ne semble plus correspondre aux aspirations humaines.

On voit son univers familier commencer à « gripper ». La vie de couple génère de plus en plus de stress ; les relations familiales connaissent une turbulence, une entreprise commence à perdre ses forces vives (personnes clé), la productivité chute… et d’autres signes de détérioration suivent sans que l’on puisse pour autant, dans un premier temps, en déterminer la raison…

– Dans le monde BEIGE, l’habitat ne peut subvenir au besoin du groupe à mesure que la nourriture se fait de plus en plus rare.

– Dans le monde POURPRE, les offrandes et les rituels échouent à combattre le mal alors que l’intégrité de la tribu commence à diminuer.

– Dans le monde ROUGE, la différence entre ceux qui possèdent le pouvoir et ceux qui le subissent provoquent des antagonismes de plus en plus fort.

– Dans le monde BLEU, La Vérité ne suffit plus à garantir l’ordre et l’avenir, à mesure que les doutes, le scepticisme et de nouvelles options apparaissent.

– Dans le monde ORANGE, la « belle vie » est ternie par l’impression de vide existentiel et la recherche du sens et de la paix intérieure se font plus pressantes.

– Dans le monde VERT, la chaleur et les aspirations humanistes paraissent de plus en plus insuffisantes au regard des problèmes de société toujours plus complexes et de l’aspect limité des ressources.

– Dans le monde JAUNE, la confiance accordée aux choix individuels et à la liberté échouent à garantir l’action communautaire nécessaire à la survie de tous.

Les problèmes Bêta sont plus de l’ordre du ressenti, du feeling, que de l’explication. Nous expérimentons la frustration et l’inconfort plus sur un mode affectif qu’intellectuel.

Quand nous passons d’Alpha en Bêta, le premier réflexe est de faire toujours plus de la même chose, dans la croyance naïve en la stabilité de la condition Alpha. Nous devenons plus attentif, nous canalisons mieux notre énergie sur la situation actuelle, nous essayons de nous débarrasser de notre « négativité », nous encourageons les autres à travailler plus dur ou plus intelligemment , mais tout cela au sein du même cadre.

Nous consacrons toujours et encore plus de ressources au système du stade Alpha, et nous montrons aux autres comment faire fonctionner ce système de manière plus efficace. En fait, nous échouons à prendre conscience du changement des conditions de vie Alpha et en creusant toujours plus le système Alpha actuel, nous ne faisons qu’aggraver la situation et accentuer la tendance à nous diriger vers la phase Bêta.

Par exemple :

– Quand des parents tentent de brider les premières velléités d’indépendance de leurs enfants dans le but de maintenir un contrôle parental (et une stabilité Alpha), ils peuvent muer la colère de leur enfant en rébellion, et mettre en danger leur relation future.

– Quand une entreprise tente de garder une personne clé sur la base de toujours plus de récompenses financières (Orange), ils peuvent provoquer l’envie chez celle-ci d’aller voir ailleurs, si ce quelle cherche, c’est d’abord plus de confiance, ainsi qu’une meilleure qualité de vie et de relations (Vert).

Phase 3 : Condition Gamma

C’est , selon Graves, une phase de colère, de désespoir et de révolution. Le refus de voir les choses comme elles sont (Bêta) a fait place à la réalité dans tout ce qu’elle a de « cru ». Si l’on ne sait toujours pas ce qu’on veut pour l’avenir, on a en tout cas à ce niveau, une idée assez précise sur les raisons pour lesquelles les choses ont mal tournées.

A la sortie de Bêta et avant d’entrer en Gamma, il existe une alternative : pour se diriger vers le Nouvel Alpha (nouvel état de conditions de vie stable), on suivra soit la voie de la réforme, soit celle de la révolte.

Si la réforme peut nous permettre de faire l’économie de quelques étapes, elle n’est parfois pas suffisante et peut rapidement retourner aux anciennes conditions Alpha. Souvent la révolte (phase Gamma + Delta) est nécessaire à la naissance de systèmes nouveaux. (ceux qui connaissent le modèle d’Hudson feront le lien avec mini et grande transition).

Le passage par toutes les étapes chaotiques propres à Gamma n’est donc pas toujours inévitable et il faut rester vigilant pour savoir saisir l’opportunité de la réforme avant d’être pris au piège en Gamma.

Quand la majorité des 6 conditions nécessaires au changement (cf. fiche précédente) est présente, les individus sont en mesure d’identifier le danger qui arrive puis d’éviter une collision frontale en s’engageant sur la voie de la réforme. Cette voie demande, en amont comme en aval, une grande pro activité, l’acceptation des risques et beaucoup d’énergie.

La plupart des personnes attendent de constater par elles-mêmes que le pont s’est écroulé, avant de s’apercevoir que ce manque de prévoyance les a conduit dans ce piège (Gamma).

Gamma est souvent une période difficile à vivre car on a le sentiment d’être impuissant face à la situation et de ne rien pouvoir y faire. En phase Gamma, la frustration et la confusion qui sont générées, éveillent à leur tour encore plus de colère et d’hostilité.

Un autre fait qui contribue à cette frustration, est que les options encore disponibles dans la phase Bêta ne sont plus d’actualité. Les ponts sont coupés, ne permettent plus le retour en arrière et aucune solution n’est encore discernable devant …

Pour être en mesure de se confronter aux barrières perçues en Gamma (réelles ou imaginaires), encore faut-il en avoir conscience… Certaines d’entre elles, comme le manque d’accès à l’éducation, existent indépendamment de nous. Les opportunités d’embauche adéquates, les « barrières » ethniques, sexistes, raciales… font aussi parties de ces barrières extrinsèques, ainsi que les données géopolitiques, ou encore les structures despotiques de contrôle propres à telle ou telle entreprise.

Les barrières intrinsèques sont quant à elles de nature plus psychologiques : blocages émotionnels, conflit interne mal résolus, doutes, manque de confiance, culpabilité…

Confrontés à ces différentes barrières, un individu ou une entreprise réagira différemment suivant son type :

– Quand le BEIGE doit se confronter à de telles barrières, il a souvent tendance à se recroqueviller (presque en position fœtale) et à attendre la fin… Ainsi, certains bushmen emprisonné par la police en Australie, se laissent t-ils mourir en prison.

– Quand le POURPRE se trouve en situation Gamma, il devient de plus en plus craintif et superstitieux et tend à remettre son existence entre les mains du shaman ou du chef.

– Quand le ROUGE doit faire face à ces barrières, il fonce droit devant lui et ne fait pas de quartier. Tout ce qui fait obstacle est combattu sans pitié.

– Quand le BLEU se trouve en Gamma, il aura tendance à prôner la croisade contre le mal, favoriser l’inquisition et la chasse aux sorcières, tout en diabolisant l’ennemi et en en appelant au patriotisme.

– Le ORANGE réagit à la perception des barrières en adoptant un profil bas et parallèlement en utilisant toutes les tactiques qu’il juge bonnes pour arriver à ses fins. Il n’a pas de scrupule à manipuler, jouer double jeu etc.

– Quand le VERT atteint ce stade, il devient très rigide et s’en tient au « politiquement correct », mettant en doute à chaque instant et de façon arrogante les motivations de chacun.

– Le JAUNE, quant à lui, évalue la situation pour savoir s’il a les moyens d’agir ou non, et avec quelle chance de succès. Si les vents sont contraires, il attendra un moment plus propice.

Phase 4 : Condition Delta

Quand Gamma est surmonté, c’est-à-dire quand l’individu ou l’organisation se sont confrontés avec succès aux réelles barrières au changement, s’en suit une phase très énergétique. Delta est la période « Euréka » par excellence.

On se prépare à prendre en main la responsabilité de sa propre destinée. Le passé ne contrôle désormais plus le présent. Dégagé de ces contraintes, on peut commencer à bâtir et à progresser vers un nouvel état, plus élevé, de stabilité : le Nouvel Alpha, ou nouveau paradigme.

Delta n’est est pas moins dangereuse pour autant. Si l’herbe peut paraître plus verte de ce côté, on peut s’apercevoir qu’il s’agit parfois de gazon artificiel : La sortie de Gamma peut en effet être illusoire. Les gardiens du statu quo (au sens général du terme) peuvent souhaiter vous faire croire que vous avez réussi à vous échapper, alors qu’une fois que vous vous sentez libérés et commencez à vous déployer, vous vous rendez en fait compte que vous avez été manipulé.

Si cette éventualité est plus fréquente au niveau des nations, on peut néanmoins observer que de nombreuses personnes (nous tous ?) hébergent en elle une partie dont la fonction semble être de maintenir le statu quo à tout prix ….

Phase 4 : Condition Nouvel Alpha

Le Nouvel Alpha reflète la consolidation des nouveaux modes de fonctionnements qui sont apparues en phase Bêta, Gamma et Delta.

L’individu ou l’organisation retrouve un état « stable » à mesure que les moyens et structures déployés se remettent en phase avec les nouvelles conditions de vie. Un nouvel équilibre est trouvé entre conditions intrinsèques et conditions extrinsèques.

Beaucoup en viennent alors à penser que la révolution ultime est enfin accomplie et que le « monde » ne changera plus…(alors que pendant ce temps, bien sûr, juste au delà de l’horizon, commence à apparaître une nouvelle phase Bêta…qui, elle même…..).

 

Annexe

Pour terminer, il nous a semblé intéressant de revenir sur les niveaux de la spirale elle-même pour nous intéresser à l’aspect suivant de celle-ci : comment est-ce qu’une personne, qui fonctionne à un niveau donné, vit-elle les niveaux précédents qu’elle a déjà intégrés ?

Comment le Jaune vit-il ses réminiscences de Beige ? Comment un Orange traduit-il ses

besoins Pourpres ? etc.

Nous allons voir dans les pages qui viennent la façon dont se manifeste ce processus d’intégration. Peut-être y découvrirez-vous le fondement de certaines de vos façons de fonctionner…

L’idée de base est que qui peut le plus peut le moins, l’inverse n’étant pas vrai.. Les niveaux les plus basiques ont donc une vision du monde quelque peu étriquée et monolithique. Le Beige n’a ainsi accès qu’au Beige… Par contre, le Pourpre aura un registre de flexibilité deux fois plus grand : il pourra penser Pourpre ou Beige, ou plus exactement, penser Pourpre et penser la version Pourpre du Beige.

Dans les différents paragraphes, nous verrons pour chaque vMème la nature et la forme de cette intégration.

Beige

Monde Beige (Survie / Peur de la mort ) :

C’est la seule vision du monde qui lui soit disponible, le seul environnement qu’il peut concevoir. Il portera son attention sur les actions nécessaires à sa survie : sécurité, nourriture, air, eau, chaleur, reproduction.

Pourpre

Monde Beige (survie /Peur de la mort ) :

Il gère sa peur de la mort en accomplissant des rituels magiques et ses besoins primaires en commençant à développer des mesures de précaution en anticipant (au niveau de l’histoire humaine : agriculture).

Monde Pourpre (Unité / Peur de l’inconnu) :

Il forme des groupes tribaux où la notion de liens de sang se développe. Tout ce qui est en dehors de la tribu est considéré comme un danger potentiel. Il a dépassé le manque de structure caractéristique du niveau Beige et acquière une certaine sécurité psychologique aux travers les rituels et les mythes.

Rouge

Monde Beige (Survie / Peur de la mort ) :

Il génère du surplus/ des réserves en s’accaparant des possessions de ses ennemis et dépasse sa peur de la mort en la bravant ouvertement.

Monde Pourpre (Unité / Peur de l’inconnu) :

Il vit au sein d’une tribu qui lui apporte le soutien dont il a besoin. Les étrangers à la tribu sont une menace à détruire. L’inconnu ne lui fait pas peur car il l’ignore ou le combat.

Monde Rouge (Individualité / Estime de soi) :

Les grands empires se libèrent de l’aspect nécessairement réduit du monde tribal. On accepte désormais l’idée qu’un individu puisse vivre pour lui et non plus pour le groupe.

Bleu

Monde Beige (Survie/ Peur de la mort ) :

Une hiérarchie organisée prévient tout manque éventuel. La peur de la mort est réduite par la croyance en une autorité supérieure.

Monde Pourpre (Unité / Peur de l’inconnu) :

La communauté des croyants est le centre de la vie. Les non-croyants doivent être convertis. L’inconnu est diabolisé.

Monde Rouge (Individualité / Estime de soi) :

Une hiérarchie de contrôle permet de canaliser les énergies individuelles.

Monde Bleu (Ordre / Signification et but) :

Mise en place de hiérarchies de contrôle. Le sens des évènements est défini par la croyance en une autorité supérieure. On tente de se débarrasser du chaos et de l’impulsivité caractéristiques du niveau précédent.

Orange

Monde Beige (Survie / Peur de la mort) :

Il satisfait ses besoins de base par le commerce et de la technologie. La mort est « niée » ou mise de côté grâce à la prospérité économique et à la médecine.

Monde Pourpre (Unité / Peur de l’inconnu) :

L’entreprise et la technologie définissent les nouvelles formes tribales. On prouve sa valeur et son appartenance en générant du profit et en étant prospère. La peur de l’inconnu est désormais du domaine de la science.

Monde Rouge (Individualité / Estime de soi) :

On se procure les ressources dont on a besoin en s’emparant du bien des minorités ou en pillant l’environnement.

Monde Bleu (Ordre / Signification et but) :

Les hiérarchies sont utilisées uniquement là où elles permettent de servir des objectifs personnels. Le sens de la vie est défini par le succès.

Monde Orange (compétition / Accomplissement) :

Le marché, l’offre et la demande façonnent l’environnement. On se défait des règles rigides.

Vert

Monde Beige (Survie / Peur de la mort) :

Les besoins basiques sont satisfaits par un partage de valeurs / d’idéaux et par un usage plus éthique des ressources. On se sent en sécurité en coopérant au succès du groupe.

Monde Pourpre (Unité / Peur de l’inconnu) :

La communauté est constituée de l’ensemble de ceux qui ont des croyances « acceptables » pour l’ensemble. Le support du groupe est le moyen choisi pour lutter contre la peur de l’inconnu.

Monde Rouge (Individualité / Estime de soi) :

On utilise la dynamique du groupe et les idées « New Age » pour manipuler les gens.

Monde Bleu (Ordre / Signification et but) :

On tend à nier l’utilité des hiérarchies. Le sens de la vie est définit individuellement, sur la base de croyances personnelles, de cheminement spirituel, mais peut être partagé avec les autres membres du groupe.

Monde Orange (compétition / Accomplissement) :

La course à la science et au business sont contestés. On ne les acceptent que s’ils incluent une dimension éthique.

Monde Vert (Coopération) :

Formation de groupes de consensus. On s’éloigne de la pensée ethnocentrique.

Jaune

Monde Beige (Survie /Peur de la mort) :

Le savoir et l’information permettent de satisfaire les besoins basiques.

Monde Pourpre (Unité / Peur de l’inconnu) :

La nouvelle tribu s’appelle « Village global » et chacun y est admis. On accepte la différence.

Monde Rouge (Individualité / Estime de soi) :

Chacun a une individualité propre, respectée par le groupe.

Monde Bleu (Ordre / Signification et but) :

Le savoir hiérarchise la vie de la communauté.

Monde Orange (compétition / Accomplissement)

On utilise la science pour comprendre le monde et obtenir une vision grand angle. Le business est devenu global.

Monde Vert (Coopération) :

Les groupes de consensus se créent. On s’efforce d’utiliser une technologie appropriée à chaque cas.

Monde Jaune (Savoir) :

On cesse de se conformer automatiquement au groupe. Recherche systématiquement de la vue d’ensemble / approche systémique avant de traiter les cas particuliers.

Turquoise

Monde Beige (Survie /Peur de la mort) :

On se préoccupe d’avantage de la survie de la planète. La peur de la mort est reconsidérée en fonction d’une vision holistique de type « Gaïa ».

Monde Pourpre (Unité / Acceptation / Peur de l’inconnu) :

L’appartenance au Village Global est basée sur la capacité à expérimenter l’Unité du « Tout ». L’acceptation est un phénomène intrinsèque et ne nécessite plus l’approbation extérieure. On ne craint pas l’inconnu.

Monde Rouge (Individualité / Estime de soi) :

On continue à se battre pour ses droits quand il le faut.

Monde Bleu (Ordre / Signification et but) :

Le chaos est aussi naturel que l’ordre. Le sens est déterminé en fonction du rapport au Tout.

Monde Orange (compétition / Accomplissement) :

On met la science et le monde du business à contribution dans la construction d’une communauté globale.

Monde Vert (Coopération) :

Les réseaux électroniques permettent de mettre en relation des groupes de pensée. Le consensus est la règle.

Monde Jaune (Savoir) :

Savoir et compréhension sont partagés.

Monde Turquoise (Unité) :

On expérimente la réalité. L’ancienne opposition individualité / collectivité est dépassée.